Se soulever pour la terre, avec Léna Lazare

Par Soldat Petit Pois

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On parle souvent des étudiants qui bifurquent, du moment de leur changement de trajectoire mais on parle moins de ce qu’ils font ensuite. On encense les jeunes qui veulent préserver le monde et y être des artisans de liberté, des vivants dans tous les sens du terme. Mais on omet de parler des entraves, des batailles si difficiles à mener, du fait que ces décisions, ces parcours, aussi acclamés soient-ils publiquement de nos jours, sont aussi des chemins réprimés, harcelés par celles et ceux qui veulent préserver le statut quo. Le soulèvement devient alors la condition pour continuer à se battre.

Léna Lazare, mon invitée du jour, a quasiment le même âge que moi. On a parlé d’elle comme du nouveau visage de l’écologie radicale, et elle s’engage aujourd’hui au sein de différents mouvements comme celui des soulèvements de la terre dont nous parlerons aujourd’hui. Des bancs de la fac au banc des tribunaux, des apprentissages paysans au soulèvement contre des méga-bassines, elle a accepté de vous partager un bout de son histoire d’engagement dans ce nouvel épisode d’Oïkos, et j’en suis très heureuse!

L’épisode est disponible dès maintenant sur toutes les plateformes d’écoute.

Militer sur tous les fronts, avec Lucie Boutez

Par Soldat Petit Pois

Photo de Pixabay sur Pexels.com

Bonjour, c’est Soldat Petit Pois!

J’espère que vous allez bien, on se retrouve aujourd’hui pour un nouvel épisode du podcast Oïkos pour parler d’écologie entre nous. 

Ce que j’aime bien dans l’écologie, c’est cette idée de « tout est lié ». De liens entre nous, notamment. Une idée qui revient régulièrement au cours de nos discussions. Depuis le début de ce podcast, j’ai interviewé environ soixante-dix personnes, et hors du micro, j’en ai rencontré des milliers. Croisés dans des tiers-lieux, à des évènements, croisés en manif ou pour une discussions d’un quart d’heure. Refaire le monde et peut-être ne plus jamais se croiser. Débattre, apprendre, et se faire des amis sur la route. 

Lucie, mon invitée du jour fait partie de ces belles rencontres. Je ne sais plus comment on s’est trouvées toutes les deux, mais beaucoup de choses nous rapprochent. On a pris un verre un jour, et j’ai découvert une jeune femme comme celles qui me donnent de l’espoir : engagée sur une multitude de fronts, curieuse et avide d’un nouveau monde. Une étudiante aussi qui se débat parfois avec les mêmes questions que moi : comment tout concilier, le début d’une vie d’adulte et des engagements qui prennent beaucoup de place ? 

J’ai eu envie de la recevoir à mon micro pour qu’elle nous partage son expérience et ses ressentis sur l’engagement écolo, et qu’on puisse peut-être, à deux, vous apporter quelques réponses. 

Merci à elle d’avoir accepté l’invitation !

L’épisode est disponible sur toutes les plateformes d’écoute.

La prime au nul

À tous les rabats-joie de notre époque pourrave. Ceux qui ne laissent rien passer, même pas les petites euphories passagères. À toutes les prises de tête, haut les coeurs.

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J’en ai marre de toi. Tu me gaves. Tu me soules. Tu me sors par les trous de nez. Ouais, toi. Avec ta chemise ajustée et ton Apple Watch, tes shampoings solides et ta propagande pro-vélo. J’en ai marre de toi, et de tous les salopiaux de ton espèce.

            Il est 00h02. 2023 vient de poindre. Tu as déjà ricané en disant que tu ne souhaitais rien parce que de toute façon, toutes les années sont nulles. Tu t’es plaint dans l’ordre : de Macron, de ton intestin fragile, de la qualité de la playlist, du prix de l’immobilier à Paris, du manque de transport en communs en « province », de la dégénérescence de la gauche, de ton collègue con.

            Tu as soupiré quand on a bu du vin dans un verre sans pied, tu as été déçu qu’on mange des pâtes pour le nouvel an, tu as passé la soirée à fumer car de toute façon, tu t’en branles du cancer du poumon. Tu as ri parce qu’on était stressés pour rien, tu as plongé dans ton téléphone quand tu as entendu nos conversations superficielles.

            En 2022, déjà, tu avais jugé médiocre la qualité des livres qui paraissent, des films qui sortent, tu avais eu envie d’être de niche, de rester enfoui sous ton dédain. Tu as méprisé les personnes que tu as croisées, toutes engoncées dans leurs préjugés, dans leur vision de la vie (la mauvaise), dans leur petite culture normée (pas la bonne).

            Tu trouves que le monde part en couilles et que ceux qui se bougent le font de la pire des manières, tu les trouves lents, trop gentils, tu les trouves stupides, tu les trouves ridicules. Tu penses qu’il faudrait faire autrement, tu ne jures que par les théories des gens qui te ressemblent. Tu méprises les réseaux sociaux, tu méprises la facilité, tu méprises les failles et comment les autres les comblent. Tu méprises aussi les gens parfaits, tu trouves qu’il faut de l’imperfection là où tu ne la permets jamais.

            Tu penses qu’il n’y a rien à faire en politique, qu’il ne faut pas voter, que ça ne sert à rien. Tu es convaincu que le monde est une tâche, que la vie est une merde, que les gens ont une propension à la bêtise que seuls peu d’entre nous savent éviter.

            Tu n’aimes pas les dîners, tu n’aimes pas les beaux quartiers, tu n’aimes pas la musique « commerciale », tu n’aimes pas la solitude, tu détestes les autres quand ils ne veulent pas de tes conseils, de ton halo de révolutionnaire chevronné. Leurs idées encrassées, leurs routines déprimantes, la façon dont ils s’accrochent au système que tu hais.

            Et ce qui m’embête, c’est que tu as souvent raison. Ce qui m’agace, c’est que je suis d’accord avec toi, sur beaucoup de points. Mais tu comprends, il est minuit deux, et là j’ai juste envie de me vautrer dans ce qu’il nous reste comme joie. J’ai envie que tu la fermes et que tu redescendes parmi le commun des mortels. J’ai envie que mes amis ne se sentent pas idiots, et qu’on ait l’impression qu’on peut encore s’accrocher à quelque chose. J’ai envie que l’empathie compte, qu’elle n’efface pas les théories, mais qu’elle les contrebalance. J’ai envie qu’on arrête de critiquer tant qu’on a pas fait mieux, j’ai envie qu’on réfléchisse et puis qu’à certains moments on réfléchisse pas, qu’on s’autorise les plaisirs simples sans tout intellectualiser, j’ai envie de croire que je suis une bonne personne, j’ai envie de passer une soirée sans dépit, sans dédain, sans désespoir.

            Tu restes planté là, les yeux qui savent mieux, le jugement au bord des lèvres, la déprime calquée sur ton apathie condescendante. Tes leçons de morale, tes vomis intellectuels, ton confort moral, fous-toi les où je pense. J’en peux plus de cette prime au nul, à la destruction, au saccage des bonheurs. On le sait, que tout est naze, ton disque est rayé et la mélodie est grinçante. Je suis pas débile, je veux juste survivre, survivre en espérant un poil de beauté.

On est en 2023. Y’en a qui peuvent plus se permettre de ne pas rire, être un peu naïf et bon. Toi t’as raison, mais t’es triste. Et moi je sais plus quoi faire de toutes ces contradictions dans mon crâne. Alors la fête continue.

Danser pour l’écologie ? Rencontre avec le collectif Minuit 12

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⚡nouvel épisode ⚡

Hey, c’est notre dernier épisode de 2022! Et je suis hyper heureuse de finir l’année en beauté sur Oïkos avec ce bel épisode. Si vous écoutez Oïkos depuis un moment, vous le savez : les artistes ont une place toute privilégiée à ce micro. Les artistes, ceux qui imaginent, créent, inventent, dans cette époque charnière où nous avons tant besoin de réinventions et de révolutions. 🫶

Mon invitée du jour, Pauline, a co-fondé un collectif qui s’inscrit au coeur de ces enjeux. Vous l’avez peut-être croisée sur les réseaux sociaux, pour dénoncer le projet Eacop devant le siège de Total, par exemple. Ou pour explorer notre lien à l’eau avec le projet Ecume ? Et tout ça, en dansant, bien évidemment.
 Car oui, l’activisme de Pauline passe par son art, et c’est ainsi qu’elle cultive son engagement sans s’épuiser, et avec beaucoup de succès. J’ai eu le plaisir de la recevoir dans cet épisode pour parler de son parcours, d’écologie culturelle, du fameux collectif Minuit 12 et de bien d’autres choses.
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Coupe du Monde – boycotter sert-il à quelque chose ?

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« Tu fais quoi ce soir ? », demande une voix innocente.
Vous bafouillez. Vous cafouillez. Et vous finissez par avouer que ce soir, comme des millions d’autres, vous regarderez la demi-finale de la Coupe du Monde au Qatar.
Vous ajoutez, vaguement coupable, que le boycott, de toute façon, ça sert à rien.

Et nous, sur notre podcast d’actu, Vacarme des Jours, on en débat dans ce nouvel épisode d’avocat du diable ! 

Rendez-vous sur toutes les plateformes d’écoute!

Extinction Rebellion : activistes de l’autre côté de la Manche

Par Soldat Petit Pois

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Ce qu’il y a de bien, avec les parents, c’est qu’ils partagent avec vous, malgré tout, les dilemmes des générations précédentes, leurs victoires et leurs trajectoires. C’est une histoire de trajectoires qu’on va vous raconte dans le dernier épisode d’Oïkos, notre podcast écolo.

Toute mon enfance, j’ai entendu parlé d’Alain, cet ami très cher de mes parents, qui avait déménagé en Angleterre et rencontré cette sympathique écossaise, Carol. Nous nous sommes croisés à quelques reprises, comme on croise les amis de ses parents, en croyant toujours que nos problématiques sont éloignées.

🌱 Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai appris il y a quelques temps qu’Alain et Carol faisaient partie d’Extinction Rebellion en Angleterre, ce mouvement mondial de désobéissance civile en lutte contre l’effondrement écologique et le réchauffement climatique, lancé en octobre 2018 au Royaume-Uni.

Bref, en discutant avec mes parents, il est devenu évident qu’il fallait qu’on enregistre un podcast ensemble. Un an plus tard, Alain et Carol ont accepté l’invitation et j’en suis plus que ravie!

👉 Écolo dans sa jeunesse, Alain nous raconte comment il s’est fait aspiré par la vie d’adulte avant de revenir à ses premiers combats il y a quelques années, et Carol nous partage son engagement venu d’un constat simple : il n’y a plus le choix.

On a beaucoup discuté, et je suis très heureuse de vous partager notre échange international dans ce nouvel épisode d’Oïkos!

Partir vivre au fond d’une forêt

(enneigée, de préférence)

Par Charlotte Heyner

Un billet pour quand on a juste envie d’exil et de nature, qu’on fantasme les deux, et qu’on finit par se réfugier dans des lignes, encore.

C’est novembre et ça ne l’est déjà bientôt plus, la fin du semestre apporte son lot de deadlines qui s’accumulent, de travaux à rendre, d’oraux à préparer. Le voisin du 6e étage m’a téléphoné, il assure que les infiltrations d’eau dans son salon viennent de chez moi et veut que je remplisse un constat à l’amiable pour son assurance. J’ai encore des mails à envoyer, des réponses à écrire, que je repousse depuis des jours et le simple fait de me connecter à ma boîte mail universitaire me donne envie de fuir à toutes jambes et d’aller vivre dans une cabane au fin fond d’une forêt, toute seule, à des kilomètres de toute habitation humaine.

C’est un fantasme récurrent, cette envie de partir loin de tout, loin de la ville et des gens et des obligations, ne rien faire d’autre que de laisser le temps glisser sur moi, entourée d’arbres et de nature. Une sorte de rêve un peu fou, et — j’en ai bien conscience — absolument irréaliste, idéalisé, un rêve né après avoir découvert Into the Wild. Depuis que je l’ai étudié en cours d’anglais au lycée, dès que la moindre contrariété se fait sentir, je me dis que je voudrais aller m’enterrer au fond d’une forêt enneigée.

Into the Wild est un roman de Jon Krakauer, inspiré d’une histoire vraie, et je ne sais pas si je le recommande vraiment. Il raconte le périple d’un jeune homme états-unien qui, tout juste diplômé, décide de tout quitter. Il part du jour au lendemain et sans prévenir personne, voyage et finit par s’installer en Alaska. Je me rappelle avoir mis longtemps à finir ma lecture, à la fois ennuyée et fascinée par les paysages que j’imaginais.

Into the Wild fait écho à d’autres livres qui parlent d’errance, de grands espaces, de fuite, du refus de la société moderne. Des livres qui romantisent la nature et l’exil, peut-être trop. Je pense aussi à Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson — dont la lecture m’avait pourtant prodigieusement ennuyée : il faut dire que les journées au fin fond d’une forêt sibérienne finissent par se ressembler… Ce livre est le carnet de voyage de l’auteur, pendant les six mois qu’il passe sur les rives du lac Baikal à plus de 100km du village le plus proche.

Je m’étais ennuyée et c’est normal, je crois : le rythme est lent, contemplatif. Le but n’est pas d’écrire une intrigue palpitante et pleine de rebondissements. Je m’étais ennuyée, et pourtant je garde un bon souvenir de cette lecture. Je serais bien incapable de restituer les réflexions de l’auteur, mais je me rappelle les étendues glacées, les arbres couverts de neige et la petite cabane sur les rives du lac gelé. La lecture en deviendrait presque une forme de méditation.

Je vis à Paris depuis plusieurs années. J’ai grandi dans une ville bien plus petite, à l’orée de la campagne, mais une ville tout de même. Pour l’urbaine que je suis, que j’ai toujours été, ces lectures ont participé à mon attachement un peu naïf aux espaces naturels, aux forêts, aux montagnes, aux rivières, avant même que j’aie les connaissances en sciences du vivant, en écologie pour connaître précisément leur importance et leur valeur. Ces romans ne sont pas parfaits : ils présentent encore trop le monde comme une carte postale, un joli paysage pour les yeux humains, mais ils esquissent aussi la force de la nature dans ces espaces sauvages et la petitesse des humains en face, font percevoir la beauté du monde.

Ce fantasme de l’exil me semble aussi faire écho à une forme de déception face à une société qui ne nous convient pas. C’est celui de la fatigue de lutter pour se trouver une place, celui du vivre-ensemble inconfortable et des valeurs qui sonnent creux à nos oreilles. Partir, ce serait aussi un renoncement, déclarer la société incurable et ne rien faire pour essayer de faire bouger les lignes. Abandonner. Ce serait plus facile, sans doute, mais j’espère que ce n’est pas la seule issue. Il reste les livres pour aller quand même un peu s’enterrer au fond d’une forêt et respirer avant de replonger dans le quotidien.

J’imagine qu’au fond, tout ça fait écho à l’éternelle image de la lecture comme moyen d’échapper à sa réalité. C’est un peu cliché, un peu naïf peut-être. Cela fonctionne pour moi qui n’ai que de petites contrariétés à supporter, rien d’assez grave pour m’empêcher de me plonger dans des descriptions lentes et méditatives le temps de quelques pages.

Des vieux souvenirs de cours de français me rappellent que la littérature permet au lecteur d’échapper à l’unicité de son point de vue sur le monde, lui offre la possibilité de se glisser derrière d’autres regards que le sien pour apprendre à considérer le monde autrement et enrichir la manière dont il perçoit les choses, … Des bribes d’argumentaire de dissertation qui, au fond, permettent d’établir une évidence : la lecture permet d’aller voir comment est le monde, ailleurs.

Les deux romans évoqués :

Jon Krakauer, Into the Wild, 10/18, 2008 [trad. Christian Molinier]

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie, Gallimard, coll. Folio, 2013