MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
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Turbulence #14 : Les trente ans ou le cimetière des grands Hommes

Turbulences, ce sont les chroniques d’une femme cis blanche queer “privilégiée” et hypersensible qui décide de s’emparer et de décortiquer les turbulences sociétales et personnelles qui la bousculent. Un petit plongeon dans l’œil de la tempête pour un grand bain de prises de tête.

PAR LAURA WOLKOWICZ

 

Hello la commu !

Après un burn-out et une longue pause me voilà de retour! J’allais quand même pas me taire éternellement face à l’état peu réjouissant de notre monde actuel et abandonner la presse indé et antifasciste de Motus comme ça…! (D’ailleurs vous non plus ne l’abandonnez pas et n’hésitez pas à la soutenir par un don ;))

Bon sinon entre-temps, j’ai eu trente ans.

 

30 ans. Putain. TRENTE ans.

 

Et du coup, l’année dernière a donné lieu à un festival de célébrations : j’ai enchaîné les weekends de teuf et les soirées. L’occasion de jouer à « Que sont-ils devenus ? »  avec les potes et ces gens de la fac et du lycée que tu ne vois plus qu’aux annivs. Comme un air de Patrick Bruel sur la place des grands Hommes mais version Walking Dead.

Walking Dead parce que j’ai découvert une bande de zombies asservi·es, tentant en vain de survivre à leurs trente neufs heures supplément dix heures – parce qu’il faut arriver avant son boss – parce qu’on ne fume plus alors y a plus de pauses – parce qu’on ne boit plus de café, « ça me rend nerveux·se » – parce que si on part à 18h comme le stipule notre contrat, on a pris notre aprem – parce qu’on n’a pas de gosses alors on a le temps – parce qu’on est jeunes, on a plein d’énergie et c’est apparemment normal de se faire vampiriser par nos entreprises.

Fini la 86, maintenant ça enchaîne les petites IPA de la microbrasserie du coin, vide des bouteilles de vin nature ou se laisse glisser sur des rails pour se convaincre qu’on est encore capable de faire la fête comme avant, alors qu’en vrai on a qu’une envie c’est de se mettre sous la couette avec une infusion à mater Netflix. Et je ne te parle même pas d’un Netflix&Chill, non plus assez de jus pour ça – la sexualité c’est overrated, moi je pratique l’abstinence.

 

Bienvenue aux olympiades des névrosé·es et âmes esseulées, plaque tournante des gummies de CBD, cachetons de mélatonine et autres somnifères en tout genre – parce que « J’ai des problèmes de sommeil en ce moment« . Génération fatiguée non non.

Alors chacun·e redouble d’ingéniosité pour fuir et oublier notre triste sort de chair à rentabilité : tour du monde, cours de théâtre, reconversions, lancer son blog (sisi la génération skyblog) ou sa chaîne insta, bilan de compétences, méditation, EMDR, passion sport – parce qu’il faut prendre soin de son corps – parce qu’on a déjà des problèmes de dos, les genoux qui grincent et la hanche qui se déboîte.

 

Trente ans, c’est le premier cap fatidique.

 

Quand t’étais encore dans la vingtaine, tu pouvais feindre d’être encore enfant, pas vraiment adulte, mais à trente ans, y a plus de doute, tu peux plus faire semblant, t’es un·e adulte, « un·e vrai·e ». Ça y est t’es officiellement un maillon de la chaîne, un·e vrai·e déboulonné·e : tu pointes au système, huiles la machine infernale, martèles les jours de semaine, fossile tes weekends pour mieux marteler la semaine. Puis tu recommences, jusqu’à la case burn-out (à ne pas confondre avec la case banqueroute présente sur tout le plateau, où on te prend de plus en plus et on te donne de moins en moins).

Désabusée, moi ? Naaaaaannnnn!

Juste déprimée devant l’état de cette jeunesse en sous-tension que je connaissais vibrante de vie et d’idées, prête à en découdre, maintenant marchant précautionneusement sur un fil pour ne pas tomber dans le ravin de la désillusion et du déclassement social.

Un symptôme de plus de notre société malade.

Un pas de plus vers le franchissement de la limite planétaire humaine.

Un de trop.

 

Quand est-ce qu’on  s’arrête ?!