Turbulences #15 – Aux armes citoyen·nes !
PAR LAURA WOLKOWICZ
Turbulences, ce sont les chroniques d’une femme cis blanche queer “privilégiée” et hypersensible qui décide de s’emparer et de décortiquer les turbulences sociétales et personnelles qui la bousculent. Un petit plongeon dans l’œil de la tempête pour un grand bain de prises de tête.
Est-ce que vous avez déjà remarqué que c’est dans l’adversité que l’on se rapproche ?
Qu’il n’y a que dans la merde, qu’on arrête de fixer le bout de notre nez et que l’on se tourne vers les autres ? Le peuple iranien, les citoyen·nes américain·es qui se rebellent contre l’ICE, les survivant·es de catastrophes naturelles…
Parce que ouais sinon, c’est chacun·e comme un petit hamster dans sa roue, fast life et pas le temps de vraiment prendre soin des autres, parce que déjà pas beaucoup de temps pour prendre soin de soi. Comme dans le film “Decorado”, le système capitaliste et consumériste a réussi à nous matrixer et isoler : Travail, Achats, Dodo, pour mieux nous contrôler et nous empêcher de nous rebeller.
Apparemment c’est carrément une loi biologique et sociale bien implantée dans la nature. Pablo Servigne en parle dans son essai “L’Entraide, l’autre loi de la jungle” : Le stress pousse à être coopératif, l’abondance favorise la compétition et ce n’est qu’en cas de pénurie et en milieu hostile, qu’en cas de nécessité extrême de survie, que l’entraide née spontanément et naturellement.
J’en ai fait l’expérience chez nos voisin·es espagnols.
Je me suis laissée charmer par leur chaleurosité – j’aimais cette ambiance plus conviviale et collective que l’on retrouvait même dans la capitale. Ça me changeait de l’indifférence, de la froideur et de l’individualisme parisien.
Et ce n’est que récemment que j’ai compris que si les espagnols sont comme ça aujourd’hui, ce n’est pas juste parce qu’iels bénéficient de plus d’ensoleillement, mais parce qu’il y a encore 40 ans, iels ne connaissaient pas la démocratie. Iels ont appris à la dure qu’il fallait se serrer les coudes pour s’en sortir. Après 40 ans de démocratie, on peut d’ailleurs observer un changement s’opérer chez les générations nées après la mort de Franco et l’individualisme gagner du terrain à mesure que le pays se développe.
La France et les français·es sont en plein dedans.
Nous nous sommes laissé·es conforter par la démocratie, nos droits, nos conforts de vie et nous nous sommes délié·es.
Il n’y a qu’à voir quand on voyage, c’est comme s’il y avait une règle tacite de s’ignorer et de se fuir. J’ai bien vu la différence ici entre ma coloc colombienne qui tissait des liens avec toustes les colombien·nes qui croisent son chemin et moi qui tournais le dos dès que j’entendais parler français.
Et l’état de nos luttes, on en parle ? Climat, féminisme, droits du travail, économie, Gaza, lgbt, agriculteur·ices, soignant·es, profs… On ne peut pas dire que nous ne luttons pas. Dès qu’il y a une mesure qui est prise qui ne nous convient pas, une manif est organisée limite dans la journée même pour protester. Et il faut dire que notre tissu associatif résiste comme il peut et est sur tous les fronts. Je nous admire pour cette verve résistante.
Mais pour autant, j’ai l’impression que l’on est tellement encimenté dans notre société capitaliste et consumériste que l’on normalise et accepte tellement de choses.
Ça vous paraît normal que le coût de la vie ne fasse que constamment augmenter ? Qu’il soit de plus en plus difficile de vivre dignement ? Qu’il y ait de plus en plus de personnes dans la rue ? Que l’on ait de moins en moins de liberté de penser et d’expression ? Qu’une minorité possède et ait le contrôle sur la majorité ?
Est-ce qu’il ne serait pas un peu temps de se réveiller et de retisser nos liens ?
Je te parle pas de créer un tiers-lieu.
Je te parle de se serrer les coudes face aux fanfarons qui dirigent notre pays, face à la montée de l’extrême droite, face aux riches et à leur influence, face à la menace américaine d’une troisième guerre mondiale… et je pourrais continuer encore longtemps cette liste.
L’adversité est là. C’est la MERDE.
Avant même que l’extrême droite arrive potentiellement au pouvoir (espoir quand tu me tiens), on est déjà bien embarqué sur les rails, à fond les ballons direction Fascismeland *MERCI MACRON*. Et comme pour la crise climatique, on fonce droit dans le mur en toute tranquillité…
Mais qu’est ce qu’on attend ?
Combien de perquises de librairies féministes et LGBT+ faudra-t-il subir,
Combien de manifs interdites faudra-t-il laisser,
Combien de manifs réprimées faudra-t-il subir,
Combien de violences policières faudra-t-il essuyer,
Combien d’alertes d’organisations internationales* faudra-t-il recevoir,
Combien de subventions coupées faudra-t-il laisser passer,
Combien de temps laisserons-nous la liberté d’expression se déchoir,
Combien de caméras de surveillance faudra-t-il laisser installer,
Combien d’associations faudra-t-il dissoudre,
Combien de journalistes faudra-t-il injustement licencier,
pour que l’on se lève, ENFIN ?!
Mais qu’est ce qu’on attend ?
Moi, j’attends.
J’attends ce mouvement de lutte populaire.
J’attends qu’enfin ça pète,
Qu’enfin on se révolte comme on l’a fait en 1789.
Je suis prête à m’unir.
Aux armes citoyen·nes ! Formons nos bataillons ! Marchons, marchons, pour la révolution.
* En 2025, plusieurs organisations internationales (Amnesty International, La Ligue des Droits de l’Homme, la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme et l’Organisation Mondiale Contre la Torture) ont alerté sur les dérives autoritaires, la répression des droits et des libertés, et le recul démocratique en France.