Par Antoine Debuire
Alors que malgré la pression militante infaillible, le gouvernement s’entête sur le projet anti-écologique très symptomatique de la construction de l’autoroute A69, on en viendrait presque à oublier que les contestataires ne se battent pas seulement contre, mais aussi pour. Le collectif La Voie Est Libre a par exemple transmis depuis belle lurette une contre-proposition à cette autoroute anachronique. Antoine, conducteur de train qui a rejoint l’équipe en ce début d’année, n’y est évidemment pas resté insensible…

Je ne suis encore jamais allé là-bas, situer Castres sur une carte relève du défi et je n’emprunterai probablement jamais cette portion d’autoroute de ma vie, et pourtant…
Ce nombre résonne dans ma tête « Soixante-neuf », avec un grand A devant. Il fait jouir les politiques au discours bien rodé, celleux pensant vivre sur une planète B. Ces mêmes que je pense capables de présenter la coupe d’arbres centenaires comme une solution pour pallier à l’hylophobie, qui est un sentiment de peur irrationnelle des bois.
Ignorant les sonnettes d’alarme tirées par une centaine de scientifiques, le gouvernement se montre plus que déterminé quant à la réalisation de ce nouvel axe routier en balayant l’ensemble des alternatives à ce projet écocide. Je ne peux pas accepter qu’une autoroute puisse toujours être déclarée “d’utilité publique” et rester muet, et surtout lorsqu’il existe tellement d’alternatives si évidentes et bien moins dévastatrices.
Le train constitue mon alternative favorite, par son principe de fonctionnement même, il constitue le moyen de transport de masse le plus durable. Mon regard peut être biaisé par cette passion qui m’anime, j’aime les trains depuis tout petit. J’en conduis pour gagner ma vie et les prends pour m’évader, comme en ce moment même, alors que j’écris ce billet.
La ligne de Toulouse Castres est une voie unique, c’est-à-dire que les trains ne peuvent se croiser que dans les différentes gares du parcours. Cela limite par définition le nombre circulations possibles, mais ne justifie pas la modeste desserte actuelle. Transitionner des onze allers-retours quotidiens vers un service plus régulier et cadencé encouragerait un transfert modal. Une heure et dix minutes sont nécessaires pour rallier ces deux villes du Sud-Ouest, le train prend un léger avantage sur la voiture.
Penchons-nous justement sur la voiture, ce moyen de déplacement majoritaire dans l’hexagone. Une nationale loin d’être encombrée, permet de relier ces deux villes en une heure et vingt minutes, sans compter la pause café. Et puis, cette nationale est aisément aménageable, des voies de dépassement sont réalisables sur le tracé existant, en limitant un maximum la destruction d’espaces naturels.
Mais si le réel objectif était de désenclaver le Tarn, rallier Toulouse plus rapidement n’est en réalité qu’une solution de facilité. Au-delà des transports, quelles sont les vraies alternatives pour désenclaver Castres, et même le Tarn plus généralement ?
Je ne crois pas à l’hypothétique miracle qu’est censée produire cette autoroute mais plutôt à la relocalisation des services. Cette alternative, permettrait de rendre le Tarn plus autonome, plus attractif et donc moins dépendant de la métropole toulousaine. Si les Castrais disposaient d’une université, de services de santé quantitatifs, d’un bassin d’emploi attractif, etc., rallier Toulouse ne deviendrait qu’un besoin occasionnel ! La construction d’infrastructures au sein même du département serait à la fois plus pratique et bénéfique à ses habitants. En effet, cette alternative serait pertinente d’un point de vue écologique car elle entraînerait une baisse significative des émissions de carbone liées aux déplacements jusqu’à l’agglomération toulousaine. Et socialement, la création de nouvelles structures de proximité permettrait une amélioration de la qualité de vie locale et contribuerait à désaturer la métropole toulousaine. La mise en service de cette autoroute ne fera que renforcer le rôle de « métropole-étoile » que tient Toulouse et la saturation de cette dernière arrivera à pas plus grands.
En favorisant encore et encore le transport routier individuel, le gouvernement (doté d’un ministre de l’écologie) apeure par son incompréhension totale de l’urgence climatique. La peur qu’il génère en moi se transforme en un réflexe de défense. Ce réflexe me pousse à communiquer sur le sujet, manifester et soutenir plus que jamais les grévistes de la faim. Il m’a aussi curieusement donné l’envie de découvrir Castres. Le paysage se densifie peu à peu, je crois que nous sommes sur le point d’arriv… « Mesdames, Messieurs, dans quelques instants Castres, terminus du train. » (À lire avec l’accent rocailleux d’un chef de bord midi-pyrénéen).
Antoine Debuire
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