MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
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Duplomb bis ? On décrypte ce qu’il se passe!

PAR CHARLOTTE GIORGI 

Pourquoi vous allez entendre parler d’agriculture ce mois-ci

Le Premier Ministre, Sébastien Lecornu, a trouvé le remède à la détresse agricole : un énième projet de loi d’urgence agricole qu’il a gentiment proposé au syndicat majoritaire agricole, la FNSEA, début janvier.

Ce projet de loi, qui laisse craindre de nouveaux reculs environnementaux, sera probablement exposé pendant le salon de l’agriculture à la fin du mois. Et comme ça ne suffisait pas, Duplomb a également déposé un 2e projet de loi pour réautoriser l’acétamipride… ce qu’il voulait déjà faire à l’été mais qui avait été censuré par le Conseil Constitutionnel. Le tout alors que la loi Duplomb 1 est revenue pour un débat (sans conséquence) à l’Assemblée, rendu obligatoire par une pétition d’opposition à la loi ayant recueilli plus de 2,1 millions de signatures (un record historique!). 

On vous explique !

« Aucun sujet n’est interdit » (… sauf celui des vraies raisons de la détresse agricole)

C’est ce qu’a expliqué le Premier Ministre. Alors du coup, ce qui est super, c’est qu’on va peut-être pouvoir parler du fait que malgré un empilement de lois relatives à l’agriculture depuis un an, la crise agricole n’est manifestement toujours pas réglée.

L’agriculture a besoin de revenus dignes (18% d’agriculteurs vivent sous le seuil de pauvreté), d’installations (la moitié des agriculteurs sera à la retraite en 2030 et la nouvelle génération galère sans aides), de souveraineté alimentaire (la France peut nourrir 130% sa population mais sur 43% de ses terres elle produit pour l’export). Elle est là, la véritable crise.

Réautoriser les pesticides ne permettra pas de nourrir la population mais de conserver une balance commerciale satisfaisante pour les financiers de l’agriculture. Et puis de toute façon, ça ne sert à rien de nourrir une population que l’on condamne à mort. 

Mais si ces mesures d’urgences ne sont que temporaires ?

… ce n’est JAMAIS que temporaire. 

Les lois d’urgence ont une fâcheuse tendance à entrer dans le droit commun.

Duplomb et la FNSEA forcent les institutions avec un modèle agricole obsolète qui ne marche pas, pour obtenir jusqu’au dernier article auparavant censuré par le Conseil Constitutionnel. Au mieux, ça permet à quelques agriculteurs de ne rien changer à leurs pratiques sans les aider à prévoir le futur. Au pire, ça entretient leur dépendance à une agriculture qui tue le vivant et les gens et est inefficace pour nous nourrir. La priorité devrait être de nous en départir et de donner les moyens structurels aux agriculteurs de le faire. Là on met un pansement sur une jambe de bois.

Les vraies contraintes au métier d’agriculteur·ice

(Puisque Duplomb martèle que ses projets de lois ont pour but de « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur »). Quelques contraintes auxquelles il n’aurait pas pensé, trop occupé à faire de l’écologie le bouc émissaire de cette séquence :

  • des revenus indignes
  • des conditions de travail misérables
  • une perte de sens lorsque notre travail ne sert pas à nourrir mais à produire
  • une santé qui devient le dommage collatéral des politiques
  • un modèle industriel qui endette, empoisonne et enferme dans un cercle vicieux
  • des politiques publiques qui traitent les symptômes des crises et non les causes
  • les idiots utiles de l’agrobusiness

“Oui mais les agriculteurs sont en colère”

Justement… et si on les écoutait, les agriculteurs ? Et pas juste la FNSEA, les paysans de l’autre bord, moins copains avec Duplomb, peut-être ?

Les agriculteurs demandent un revenu digne et des conditions de vie décentes.

Les agriculteurs peuvent parler pour eux-mêmes sans être instrumentalisés.

Les agriculteurs n’ont pas à payer de leur santé le prix de leur “compétitivité”.

Oui, les agriculteurs sont en colère. Mais ils ne demandent pas tous en coeur le retour des pesticides! Attention à l’instrumentalisation d’une détresse par ceux qui font leur beurre dessus, et surtout ne les représente pas TOUS, car l’agriculture est diverse ! 

Et puis, malgré une loi toutes les 5 minutes, aucun des problèmes structurels n’a été traité ni même évoqué en profondeur (revenu, nouvelles générations agricoles, etc…), ni dans la réponse du gouvernement, ni de Duplomb, ni de la FNSEA. 

“De toute façon, les agriculteurs sont contre les écolos et le seront toujours!”

C’est factuellement faux, mais plus facile à brandir pour celles et ceux qui ont envie d’un bouc émissaire.

En réalité, beaucoup (trop) d’agriculteur·ices sont coincés dans ce modèle industriel qui les endette et les étouffe. Ils sont donc un certain nombre à en vouloir à toute mesure qui rétrécit encore un peu leur marge de manoeuvre – y compris écolo.

Ils sont en colère et on les comprend.

Mais pourquoi on accuse l’écologie au lieu de mettre en cause le modèle agricole vendu par ces lobbies depuis des dizaines d’années ?

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