MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES

[Édito de rentrée] Année présidentielle : il se trame quelque chose, nous en serons

LE RETOUR DU PARATONNERRE

PAR CHARLOTTE GIORGI

Après deux mois de traditionnel silence estival, il est temps pour ce média de reprendre la plume.

En ce qui me concerne, cela s’annonce particulièrement difficile. Et je sais qu’il ne faut pas se forcer, mais vous savez quoi, il y a des exceptions. Des années pendant lesquelles disparaître n’est pas une bonne idée. 

La dernière fois qu’une année présidentielle s’est présentée à moi, j’étais étudiante, seule face à mon petit blog, avec une pensée politique encore en chantier. J’étais frustrée de ruminer seule ce moment qui me semblait être un big-bang, et c’est d’ailleurs à la rentrée suivante que le premier appel à rejoindre le média a été lancé. Depuis, 5 ans d’engagement, de militantisme, de Motus, ont passé. Nous avons écrit, enregistré, filmé, organisé des évènements, et parcouru des milliers de choses qui nous animent. 

Nous sommes devenus solides à mesure que le monde devenait mou. 

Aujourd’hui, je crois qu’on peut dire que nous sommes prêts. 

Nous nous sommes trouvés, formés. Nous avons vécu un peu plus que la dernière fois. Nous savons. Ce que nous devons faire, pouvons faire. 

Beaucoup de choses ont changé depuis, et nous aurions bien sûr préféré qu’elles ne nous donnent pas autant raison, sur l’écologie, l’extrême-droite, Macron, et la berezina de nos vies intimes (allez, je vous mets dans le même sac que moi pardon). Une chose est devenue plus solide qu’avant : la conviction profonde, ultime, indéboulonnable, que la justice n’est pas juste, que la vie doit changer, que la gauche doit gagner. Cette conviction n’est pas légère et facile. Parfois, on perd même de vue pourquoi elle était si enthousiasmante quand on a commencé à se battre. Cette conviction me pèse, comme beaucoup d’entre nous. Elle est parfois et même souvent la raison d’un immense mal-être. 

Mais elle ne bouge pas. Et en cette rentrée 2026, ma force politique est à peu près la seule chose qui ne vacille pas, pour tout vous dire. Mon prénom, Charlotte, vient de karl, “fort” en germanique. Ma force est ce qui m’a toujours jetée sur le chemin quand je n’avais plus envie de marcher. Cette force vient de l’étymologie, de ma nature corse (ben oui), mais aussi de la dignité qu’un engagement politique nous donne. 

Et puis autour de moi, tout a changé : j’ai déménagé, changé plus ou moins de travail, de lieu de travail, d’horaires de travail. Ma vie personnelle est au moins aussi chaotique. J’ai aussi appris que mon cerveau est malade d’une maladie que j’essaye encore d’apprivoiser. Bref, en cette rentrée, je suis proche de l’effondrement – les plaques tectoniques sont en 2008 sous mes pieds (l’époque de ça). J’ai du mal à retrouver mes appuis, et à savoir dans quelle direction avancer. J’ai du mal à aller bien comme à aller mal, et l’impression de ne rien faire correctement. Je ne vous dis pas tout ça pour plomber vos déterminations ou vos bonheurs que je suis tellement heureuse de croiser. Mais pour vous dire que même dans cela, nos combats sont des refuges. Des certitudes. Des manières d’être vivants qu’on ne peut pas nous retirer. Et c’est bien pour cela que nous avons construit ce média. 

Pour faire paratonnerre. 

Les premiers déplacements présidentiels me donnent à peu près autant envie de les commenter que de manger une cuillère d’essence, mais je sais au fond de moi qu’il y a des choses qui ont toujours fait sens : celles de défendre nos idées, la dignité des gens, une société solidaire, qui protège les communs, qui donne envie de rester là, sur cette terre, à l’époque que nous vivons. Pour notre monde, mais aussi, si je suis très franche et brutale, parce que j’ai besoin de ça. D’une raison pour rester. 

Je sais que toutes ces envies sont là, quelque part, enfouies sous les décombres. Qu’il suffit de leur laisser le temps et de leur donner l’espace nécessaire pour remonter à la surface. Or ce média a toujours été l’endroit des questionnements, mais aussi un lieu où tout exprimer en vrac, à tendre des perches et prendre des claques, pour s’effondrer dans le grand Internet avant de retrouver la lumière : j’écris pour me rappeler ce qui a du sens, et pour inscrire ici que cette année n’a pas le droit de faire perdre le sens à des milliers de gens.  

Parce que cette année pourrait tout changer, même si on y croit et en même temps plus vraiment. Je le sais mieux que quiconque : on est en bout de course, à bout de force, tous. De tous les côtés, il n’y a plus d’argent, plus de temps, plus de gens. 

C’est une rentrée exsangue, l’été était trop chaud, les riches trop riches, la gauche trop molle. 

Et pourtant, c’est précisément pour cela qu’il faut se secouer. Se laisser couler juste assez pour donner un grand coup de pied en atteignant le fond, et émerger de l’eau comme des météorites inversées. 

Pour ne rien vous cacher mes chers, je suis moi-même partagée entre l’envie de vous planter là et celle de vivre le temps historique de la victoire. 

La victoire doit se dépêcher si elle arrive, même si bien sûr ces choses-là prennent du temps. Et il va bien falloir rester dans les parages, en cette année 2027 où l’espoir est encore permis, où la chaussure est encore dans la porte, où porter des idées profondes n’est pas encore complètement idiot et absurde. 

Il arrive un temps (aujourd’hui) où un été de pause ne peut plus suffire à nous reposer, nous régénérer quand on fait ce que nous faisons. Mais après tout nous revenons donc comme vous nous connaissez : sur les nerfs, indomptables et féroces. La fatigue n’a rien à voir avec ce que nos ventres nous dictent, impérieux, sûrs. Solides. 

Depuis 6 saisons sur ce média, la gauche n’a jamais été aussi proche du pouvoir institutionnel. Je sais, l’extrême-droite non plus, mais à vrai dire ces gens m’intéressent peu. Ils ont une route facile et médiocre, et je ne crois pas qu’il faille en faire le centre de gravité de nos discussions politiques. 

Depuis 6 ans sur ce média, nous préparons le terrain. Nous parlons, nous écrivons, nous construisons des liens et des pensées à la hauteur de l’époque. Nous mijotons. Nous savons que la victoire n’est pas que présidentielle, elle se trouve aussi dans les interstices de nos vies, dans les luttes sur le terrain, et là où nous la faisons exister malgré le vent qui souffle. Mais cette année sera présidentielle, et nous aussi, aussi irrévérencieux sommes-nous, nous aussi, bien sûr, nous mettrons nos forces dans la bataille. 

Cette année est sans doute l’une des rares où la cocotte-minute est à point. Et au moment de soulever son couvercle et de nous prendre en pleine face toute la vapeur bouillante qu’elle renferme, nous savons que le plus gros du travail est derrière nous. Chaque personne convaincue, chaque argumentaire abattu, chaque moment organisé avec vous. Autant de munitions pour partir à l’assaut de cette année. Nous sommes nombreux·ses à être fatigués. À avoir creusé dans nos réserves psychiques, matérielles, physiques, pendant des années. Mais il nous faut nous rappeler que ce qui est construit n’est plus à faire. Que le vent souffle déjà et qu’il faut nous laisser souffler, avec lucidité et sans dévier des sillons que nous traçons depuis des années. 

Cette année n’est pas un début ni une fin, elle n’est pas un projet, un devoir, une ligne sur une liste de choses à vivre, poussiéreuse. Cette année est un aboutissement logique, un moment où être pleinement qui nous avons bataillé pour être ces dernières années. 

Sur le média, nous prenons l’engagement de vous accompagner tout au long de cette campagne et des narratifs qu’elle va ouvrir, parce que nos épuisements et nos tristesses n’auraient pas de sens si nous passions à côté de ce moment que nous avons tant préparé. Ça ne veut pas dire que ce sera évident, facile. Nous allons sans doute vivre une année ardue, chaotique et qui pousse notre engagement et ce média dans leurs retranchements. Mais nous voulons la vivre ensemble, et à près tout c’est pour ça que nous avons ouvert cet espace, depuis toujours. En rangs serrés. En ouvrant des moments de pensée, de discussions, de vie. En partageant comme nous l’avons toujours fait, nos états d’âmes, les plus petits séismes de nos vies jusqu’aux grands bouleversements politiques et comment tout ça s’entrechoque. 

Il se trame quelque chose : nous en serons. 

S'abonner à la newsletter du média, c'est aussi nous soutenir !​

Tous les mois dans la Locomotus, on vous partage un édito exclusif de la rédac’, ce qui nous a inspiré pendant le mois, un récap de nos vidéos / articles / podcasts, et même des nouvelles du média. C’est un moyen pour nous de rester en lien avec vous, sans algorithmes et en toute indépendance.