Par une voyageuse heureuse
Dans ses carnets de voyage, notre voyageuse heureuse nous entraîne sur les chemins du monde (et ça de manière durable s’il vous plaît), mais aussi souvent dans les méandres de son esprit. Les gens qui partent, comme elle le disait dans un ancien billet, ne sont-ils pas tout simplement à la recherche d’eux-mêmes? C’est un peu ce que raconte cette chronique, l’histoire d’une rencontre et d’un chemin.

*Pour des raisons d’anonymat, j’ai décidé d’appeler la personne dont je parle Frederico*
Lors de mon voyage au Brésil, et plus précisément à Rio de Janeiro, j’ai rencontré un homme d’une trentaine d’années, Frederico. Il m’a de suite donné de l’attention et conseillé des sites touristiques à visiter selon mes goûts. À l’époque, j’étais sur la défensive envers toute personne gentille à mon égard, je ne savais pas encore à quel point il allait m’aider pendant ce voyage.
Frederico, je l’ai rencontré pendant mes premiers jours au Brésil. C’était un des gérants d’une auberge de jeunesse où j’ai logé. La première fois que l’on s’est vu, il est directement venu me parler, s’est intéressé à moi et m’a écoutée. C’était très étrange pour moi à l’époque qu’un inconnu viennent s’intéresser réellement à moi. J’ai pensé qu’il faisait du relationnel client… Je pars de Rio et y reviens quelques semaines plus tard pour le fameux carnaval. La ville est pleine de touristes et les logements sont saturés. Frederico demande à ses parents de m’héberger et ils acceptent. Il me donne ses clés et me laisse sa chambre. On se connaît à peine, mais pour une raison qui m’échappe, il a décidé de m’aider. Me voilà donc dans la chambre de Frederico que je connais brièvement. J’observe la pièce et y découvre des listes qui énumèrent les choses qui lui font du bien accrochées aux murs, des livres de développement personnel parsèment son bureau. Au fil de nos conversations, je découvre qu’il lutte avec sa santé mentale, il combat la dépression. Je me suis retrouvée en lui, comme beaucoup le pourraient, car moi aussi, j’ai lutté et lutte encore avec ma santé mentale.
Je suis partie au Brésil un an après ma dépression car j’avais besoin de dépasser mes peurs pour atteindre ce à quoi j’aspire. Je pensais que tous mes problèmes resteraient en France. Mais surprise ! Ton bagage émotionnel et traumatique te suivra partout où tu iras. Peu importe l’endroit, nos démons existeront toujours tant qu’ils ne seront pas écoutés. Et ça, Frederico l’avait bien compris. Il avait une rigueur dans la réalisation de ses exercices pour aller mieux qui m’impressionnait. Il courait plusieurs kilomètres chaque jour, lisait chaque jour, s’ouvrait à toutes personnes qu’il rencontrait, gérait son auberge de jeunesse. Rigueur et discipline sont deux adjectifs qui le décrivent parfaitement. Et cette rigueur je la connais bien. C’est celle que l’on se force à appliquer pour ne pas sombrer. Pour ne pas (re)tomber dans les abysses.
Malgré les longs mois de désespoir, je suis sortie de la dépression. J’ai compris la cause de cette dernière et avec assiduité et persévérance, je pense pouvoir dire aujourd’hui que je m’en suis parfaitement remise. Néanmoins, un problème mental ne vient jamais seul… Je vis donc au quotidien avec son copain l’anxiété. Je peux vous le dire, c’est pas rigolo, surtout, quand on voyage. Je n’ai jamais été si anxieuse qu’au Brésil au point d’avoir peur que mon cœur finisse par lâcher. Et pourtant, je suis repartie en voyage. Alors, serais-je un peu maso ? Pourquoi voyager quand notre mental joue contre nous ?
C’est une question que je me suis souvent posée. Pourquoi je voyage, pourquoi je fais tout ça ? Il faut savoir que quand je suis en France, je rêvasse de nouveaux horizons et d’aventures à l’autre bout du globe, puis après quelques semaines à l’étranger, je ressens le manque de mes proches et de la France. Lors d’un appel pendant un de mes voyages, mu meilleur·e ami·e m’a partagé son analyse et elle est plutôt percutante : “Quand tu es en France, tu fuis toute stabilité mais c’est drôle, car à l’étranger, c’est la première chose que tu recherches”. Je pense qu’on pourrait résumer ça entre le combat du cœur et de l’esprit. Généralement, quand on souffre de troubles mentaux (quels qu’ils soient), l’image et l’estime que l’on a de soi sont très basses. On a plein de croyances limitantes sur nous-même. C’est sûrement pour cette raison qu’on se plonge dans le sport ou dans la connaissance de soi comme Frederico. On veut comprendre et se prouver qu’on en vaut la peine. Qu’on a le droit d’exister dans ce monde qui nous en demande trop, surtout quand on est une femme. Et attention banger, je crois que j’ai compris pourquoi je fais tout ça. Mes peurs ont dicté ma vie pendant trop longtemps. Désormais, j’ai besoin de vivre, d’expérimenter, de me trouver, de voyager.
Aujourd’hui, je peux dire que je vais mieux. Même si la petite voix de l’anxiété est toujours présente par intermittence, j’arrive à la distinguer de la voix de mes désirs profonds. Et ça, c’est grâce aux personnes que j’ai pu rencontrer cette année 2023. Ces personnes qui m’ont expliqué comment ils me voient, qui m’ont fait comprendre que je suis la seule à croire cette petite voix qui me rabaisse et me maltraite. Frederico a été la première rencontre qui m’a amenée là où j’en suis aujourd’hui. Il fait partie des rencontres de mon voyage qui m’ont marquée et qui je pense, ont été un tremplin pour devenir la personne que je suis en train de construire.
J’ai envie de conclure avec une citation d’un docteur et auteur que Frederico apprécie particulièrement : “Every human being has a true, genuine, authentic self. And the trauma is the disconnection from it, and the healing is the reconnection with it.” (Gabord Mate, Wisdom of trauma). Pour moi, ma reconnexion se fait à travers le voyage. J’espère de tout coeur que vous trouverez la votre, que ce soit grâce à un accompagnement, une passion ou des personnes comme Frederico. Je vous souhaite une bonne fin d’année, on se retrouve en 2024.
Cheers,
Une Voyageuse Heureuse
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