MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
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La grève de la bûche

Par Antoine

« Êtes-vous prêt à travailler les nuits, les week-ends et jours fériés ? » Voilà la première question qui m’a été posée lors de l’entretien d’embauche que j’ai passé il y a 5 ans. Noël approche. Les courses sont faites, les cadeaux emballés et la grande table dépliée… Enfin, chez moi, la bûche aura un tout autre goût. Une poignée de mes collègues ont réussi à avoir leurs congés de fin d’année, mais pour moi, la sentence est tombée : « refusés ».

Je suis conducteur de train

et cette année encore, je travaille à Noël.

Je ne connaîtrai mon planning exact que la veille, ou l’avant-veille avec un peu de chance. Je passerai le 25 décembre aux commandes d’une puissante et bruyante locomotive avec à son crochet un train corail chargé de voyageurs pressés de rejoindre leurs proches. Une fois arrivé à destination, je serai en découché : l’entreprise me logera dans un hôtel afin de reprendre aux aurores le lendemain matin et assurer les premiers trains. Je croiserai en cours de route des collègues souvent plus âgés, parfois pères de famille et généralement divorcés, car les horaires décalés dans un couple, ça fait des dégâts. Eux non plus ne connaîtront pas le goût de la bûche cette année.

D’autres sont à bout, moins passionnés ou plus centrés sur leur Noël au dépend du service public, ils poseront une journée de grève pour retrouver leurs proches. Un préavis s’étend sur toute l’année, il nous suffit d’avertir 48h avant et moyennant une retenue sur salaire, notre journée de service disparaîtra comme par magie de notre emploi du temps. Et puis un syndicat s’emparera de la dernière réorganisation en cours et publiera un nouveau préavis au moment des fêtes. Celui-ci dénoncera des points irritants issus des dernières nouveautés réglementaires. Je serai principalement d’accord avec les revendications présentées et sur le fait qu’un arrêt de travail général serait idéal pour se faire entendre par nos dirigeants. En cette période des fêtes de fin d’année, les trains sont bondés, une grève nous permettrait de faire avancer les débats de manière plus efficace que notre hiérarchie souhaite que « ça roule ».

Par un simple coup de téléphone, j’ai le pouvoir de me déclarer gréviste, par conviction syndicale ou personnelle. J’en serai légitime car c’est mon quatrième Noël consécutif sur les rails. Mais si je ne suis pas remplacé, un train sera supprimé.

Au fond de moi, je pense à ces voyageurs. J’ai le pouvoir de gâcher le Noël de centaines de personnes si elles ne trouvent pas de plan B, de rendre une chaise vide dans une famille à Limoges. Je pense à celles et ceux qui ont réservé leur billet dès l’ouverture des ventes, ou qui vont revoir leurs proches après des mois, toutes celles et ceux qui comptent sur nous. Une partie des voyageurs aura refusé de prendre leur voiture, peut-être pour la première fois, par conviction écologique. Iels nous font confiance, on doit assurer. Je fais partie de ces professions « de terrain ». Tout comme les pompiers, les médecins, etc., qui seront également sur le pont, ces corps de métiers qui subissent des réorganisations permanentes et auraient des multiples raisons d’exprimer leurs revendications à cette période-là. Y a-t-il un bon moment pour faire grève ? Je pense que oui.

A la question qui m’a été posée en entretien d’embauche, j’ai répondu oui. J’avais 18 ans à l’époque. Défendrai-je encore ce « oui » après dix ans de conduite, une fatigue accumulée des extrêmes matinées, et peut-être des enfants ? Je l’espère…

Antoine

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