MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
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La France qui m’habite – Turbulences

Par Laura Wolkowicz

Photo de Pierre Herman sur Unsplash 

Française. C’est ce qui est inscrit sur mon passeport.

Née à Sèvres, en Île-de-France, de deux parents francais.es, je suis donc française.

Est-ce que vous vous sentez français·e vous ?

Parce que moi ça n’a jamais été le cas… Je me suis toujours sentie étrangère dans mon propre pays. Et même au gré de mes voyages, mes rencontres me prêtaient toutes sortes de nationalités et étaient souvent surpris·es de découvrir que j’étais en réalité…française.

Je me disais qu’il y avait erreur sur la personne jusqu’à ce que je déménage à l’étranger où j’ai petit à petit découvert l’âme gauloise qui sommeillait en moi – que certains de mes traits de caractère n’étaient peut-être au final, que l’empreinte de la culture du pays dans lequel j’avais grandi et qu’apparemment certains de mes comportements étaient « SOOO FRENCH ! ».

Qu’est-ce qui fait que nous nous sentons français·e ? Qu’est-ce qui fait que nous sommes français·e au-delà de notre nationalité ?

Dans un pays qui s’est construit principalement grâce à l’immigration, mais aussi par la colonisation ; où la réalité géographique n’est pas la même pour tout le monde, de la métropole aux territoires ultramarins, de l’Europe aux côtes de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Océanie en passant par toute la diaspora : quels sont nos traits d’union ?

Ce sont des questions que je me pose à titre personnel, à la première personne du singulier, dans l’exploration et la prise de conscience de mon individualité. Une recherche identitaire qui me ramène à ma réalité communautaire.

Après l’été intense que l’on vient de passer – marqué par la lutte décolonisatrice des indépendantistes kanaks en Nouvelle Calédonie, la lutte antifasciste effrénée pour faire barrière au Rassemblement National et le rayonnement culturel de la France à travers l’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques – ces questions sont tout à fait d’actualité.

Je ne sais pas vous, mais travaillant dans l’événementiel et étant férue de spectacle vivant, j’ai avidement regardé les cérémonies des Jeux Olympiques et Paralympiques. Au-delà d’un grand moment de divertissement, j’ai surtout vu ces festivités comme un enjeu politique de rayonnement et d’image pour la France : un florilège de performances grandiloquentes chantant et dansant la gloire de notre pays et de ses idéaux révolutionnaires, démocratiques, progressistes historiques.

Des cérémonies

qui ont sonné creux dans mon cœur entaché par la réalité de mon pays fracturé et de sa démocratie dégradée,

qui ont fait tâche sur l’austérité économique qui nous est imposée depuis plusieurs années,

qui ont résonné avec ma société rêvée mais pourtant si loin de la réalité…

Même si Céline sur la Tour Eiffel a fait briller mes yeux de milles feux, même si mon cœur a battu au rythme des galops du cheval d’argent, même si la poésie de la flamme dans le ciel de Paris a fait chavirer mon âme, même si la beauté de toute cette diversité et modernité m’a donné espoir, je n’ai pu m’empêcher de penser :

Est-ce vraiment ça la France ? Est-ce vraiment ça ma France ?

Publication instagram par @baptistebeaulieu

Que je le veuille ou non, je suis habitée par la France. C’est elle qui fait rugir la révolte dans mon corps et me donne la force de descendre dans la rue crier pour mes droits. C’est elle qui a érigé ma statue de  la liberté dont j’ai chasse gardée. C’est elle qui anime mon esprit critique et défie l’établi. C’est elle qui gronde en moi son mécontentement. C’est elle qui fait bouillir mon estomac et battre mon cœur pour l’amour de la « bonne bouffe ». C’est elle qui teinte mes mots d’une note si particulière.

Mais cette France-là habite-t-elle aussi votre corps ? Celui de toustes les autres français·es ? De toutes les générations ? La France que l’on m’a installée au fil de mon enfance existe-t-elle encore ? Fait-elle encore sens ?

Aujourd’hui, en dissonance avec “la France”, ce lien patriotique m’interroge. Et j’ai eu envie d’écrire cet article pour vous inviter à questionner également cette partie de vous dont vous n’avez peut-être pas conscience.

Parce que la France ce n’est pas seulement partager un amour pour le fromage et le vin, ce n’est pas seulement regarder le Père Noël est une ordure à Noël, ce n’est pas seulement Paris, ce n’est pas seulement la métropole, ce n’est pas simplement un bon bœuf bourguignon bien fumant – c’est aussi un pays empreint par le colonialisme, le racisme, le sexisme, la culture du viol.

Photo de Damien Checoury sur Unsplash 

Si la France était un menu au choix, je commanderais bien la formule “la France version engagée pour un monde meilleur” avec supplément patrie des droits de l’Homme, tolérance de Voltaire et fougue révolutionnaire de Louise Michel – je jetterai toutes les formules extrémistes, racistes, fascistes, sexistes, capitalistes aux ordures…

Ce matin, j’écoutais Jane Goodall raconter que les chimpanzés et les humains venaient d’un ancêtre commun mais s’étaient séparés pour créer deux espèces distinctes. C’est un peu la sensation que j’ai quand je vois la France aujourd’hui, si diverse et divisée, entre celleux qui se battent pour créer une France à l’écoute et à l’avant-garde des enjeux sociétaux et celleux qui sont bloqué·es dans un passé patriotique périmé.

Mais ce serait simplifier la situation que de penser cela. La France, comme le genre, et toutes les cultures en général d’ailleurs, est un état fluide. C’est une masse vivante qui évolue avec le temps et surtout avec ses citoyen·nes. Rembobinez : depuis que vous êtes né·es, repensez au nombre de tendances, de us et coutumes, de nouveaux mots, de mouvements que vous avez vu fleurir. Il y en a tellement que vous ne sauriez toustes les citer.

La France c’est comme de la pâte à modeler. Qu’on soit sur le territoire ou à l’étranger, nous en sommes ses représentant·es, ses artisan·es, ses façonneur·ses, ses architectes, à nous de donner et incarner la définition que l’on veut de ce que c’est d’être français·e. La France nous habite et nous sommes la France.

Ces mots font clairement tâche quand on sait que nous nous sommes battu·es tout l’été pour une vision politique de la France qui nous semblait plus juste et que notre gouvernement a balayé notre volonté d’un revers de la main. Difficile de se dire que nous avons une quelconque influence sur le sort de notre pays après ça. Clairement je me sens impuissante face à ces décisions politiques. Mais je reste persuadée qu’en continuant nos actions et influences à échelle micro, ça finira par payer au macro.  En tout cas, c’est l’espoir qui m’habite.

PS : Merci beaucoup à toustes celleux qui ont répondu à nos questions qui m’ont aidé à écrire cet article

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Turbulences, ce sont les chroniques d’une femme cis blanche privilégiée hypersensible qui décide de s’emparer et de décortiquer les turbulences sociétales et personnelles qui la bousculent. Un petit plongeon dans l’œil de la tempête pour un grand bain de prises de tête.

motu

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