MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
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[ÉDITO] Sarko : métro, boulot, barreaux ?

Ce matin, petit accident d’incontinence à l’heure du 3e café du matin – ce qui signifie en termes de situation temporelle que j’ai à peu près fini ma veille journalière en quête d’actus croustillantes à passer à la moulinette de l’édito Motus. Qu’y-a-t-il de si drôle que je m’en pisse à moitié dessus à 9h du sbar, me direz-vous, alors que des génocidaires proposent d’amener eux-mêmes de l’aide humanitaire à leurs victimes en supposant qu’on misera sur leur bonne foi ou que Trump menace de virer des fonctionnaires de manière aléatoire pour faire passer son budget bloqué ? 

Voyez par vous-même. 

“Nice : Christian Estrosi annonce que le parvis de l’hôtel des polices portera le nom de Nicolas Sarkozy”. 

C’est un vrai titre de presse, d’hier matin, dans 20 minutes. Honorer une femme, alors que seules 2% des rues portent leurs noms ? Mouerf. Célébrer un nom oublié de l’Histoire pour remplacer ceux des esclavagistes qui peuplent de leurs souvenirs de marbre les espaces publics ? Orf. Marquer le sacrifice terrible d’une journaliste reporter à Gaza, assassinée il y a quelques semaines, en renommant une école à son nom,  Mariam Dagga ? 

Non. Non, un martyr passe avant ces propositions triviales. 

À Nice, on rend hommage à LA victime de ce sale XXIè siècle, horrible et injuste. J’ai nommé, notre bon vieux Sarko. L’ancien président aura en effet marqué son époque et notre semaine, en écopant (c’est historique pour un ex président) de 5 ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans l’affaire du financement lybien.

Lorsque les premiers papiers sur cette affaire ont été révélés par Médiapart, qu’on salue bien bas pour ce travail qui aura pris une décennie à aboutir, j’avais personnellement 12 ans et demi. À l’époque, je commençais ma carrière de goûts douteux en matière d’hommes, ce qui m’a naturellement amené à trouver Sarko très sexy dans sa posture semi-mafieuse autoritaire et machiste. Quand il parlait de passer les banlieues au karcher, j’avais l’âge de bouffer des pitch à l’indice glycémique délirant dans la cour du collège de ces mêmes banlieues, indifférente au fait que notre plus haut représentant politique bassinait nos journées de grandes croisades moralisatrices face à la délinquance, tout en farfouillant dans notre dos avec les pires dictatures, moyennant leur soutien, baladant des millions, et bénéficiant des largesses de la République allouées après le dur labeur d’un financement illégal de campagne.

Plus de dix ans après ces premières révélations de Médiapart, par un hasardeux calendrier, je me retrouve à regarder, quelques jours avant cette condamnation dont j’ai du mal à saisir à quel point elle est historique,  un documentaire de leur fait sur toute cette affaire, dont je n’ai depuis qu’entendu parler par bribes nébuleuses d’informations. Le documentaire est à voir ici (accès payant pour les non-abonné·es à Médiapart).

Les charges sont tellement lourdes, les implications tellement délirantes, que j’ai du mal à percuter l’ampleur du truc. L’image véreuse de Sarko ne s’effrite pas, elle se confirme. Tous ces crimes et cette attitude suffisante, moralisatrice jusqu’à l’hypocrisie la plus absurde, prennent le sens qu’on n’osait pas leur donner. Mon enfant intérieur est un peu confus : dans cette histoire, les méchants sont bien les méchants, et les pigeons qui n’y croyaient pas se sont bien fait pigeonner superbement. Rien d’étrange, rien d’anormal, juste un type qui gruge et s’en sortait si bien.

Sa femme arrache avec une douceur toute bourgeoise et ridicule la bonnette du micro de Médiapart à la sortie du tribunal, puis chante il y a deux jours à l’occasion d’octobre rose – grandeur d’âme. Lui assiste à des matchs en tribune et je suppose, continue de dédicacer ses livres, dans lesquels il raconte sans doute par le menu détail comment il est devenu ce citoyen surdimensionné, omettant gentiment la partie pendant laquelle nous l’avons adoubé de sa toute-puissance crapuleuse mais républicaine, nous dindonnant tous au passage.

Moi, ce qui me frappe dans cette histoire, c’est qu’elle ressemble à l’histoire crapuleuse que je me racontais à 12 ans. J’en pressentais les contours, et j’admirais ce petit bonhomme criard parce qu’il avait l’air de tout se permettre et qu’on lui permettait tout. Aujourd’hui je le méprise pour les mêmes raisons, et je méprise encore plus fort tous les imbéciles qui font la courte-échelle aux trompeurs, aux menteurs et aux extorqueurs sous prétexte de « République » alors que tout indique leur mauvais penchant pour l’abus et la manipulation. Qu’Estrosi nomme donc sa place. Il n’en est que plus grotesque. Nous autres nous rappellerons en revanche de garder un oeil ouvert lorsqu’on nous fera de nouveau des grandes leçons sur le respect de l’état de droit et des fonctions publiques. Histoire que des scénarios grotesques imaginés par des enfants qui mangent des pitch ne puissent pas décrire la réalité… 

motu

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