MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
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Braquage de musée et surcharge pondérale nationale

PAR MEHDI EL AFANI 

“La France est un pays obèse”, m’a dit un jour Moustapha, un ami marocain de la famille. J’ai retenu cette phrase d’abord parce qu’elle me faisait marrer, mais force est de constater que j’ai mis un peu de temps à la comprendre.

Point de grossophobie ici : l’obésité est une maladie et doit être considérée comme telle.

La France, donc, supporte un poids qu’elle n’a plus les muscles pour porter. Cet excédent de graisse, on se targue de l’appeler patrimoine, qu’il soit institutionnel, financier ou culturel. Quand on regarde la vitrine “France”, on voit un pays bien portant (au Moyen Âge, la graisse était symbole de vitalité). Nous sommes un pays industrialisé, la sixième puissance mondiale, même !

 

Ces temps-ci, j’entends dire qu’on vit au-dessus de nos moyens et, j’ai beau être de gauche, je suis d’accord. On a de beaux musées, mais on y vole plus facilement qu’au Carrefour Market en bas de chez moi ; une grande armée, mais des stocks de munitions et de carburant qui ne dureraient guère plus que quelques semaines.
On a la santé “gratuite”, mais des hôpitaux qui crèvent la dalle et ne survivent que grâce à l’intégrité des soignants qui se saignent… Et si on manque de masques en pandémie, c’est parce qu’ils “ne servent à rien”.
On a l’école “gratuite”, mais des classes surchargées et des élèves qui galèrent de plus en plus en lecture, en écriture, en maths.

Je ne crache pas dans la soupe, hein : moi aussi j’adore la Sécu et les arrêts maladie, mais notre train de vie est une conséquence directe de notre rente coloniale.

L’accumulation des richesses ayant permis le développement de l’industrie française ? Ce sont les colonies. Le pétrole de Total, l’uranium d’Areva-Orano-whatever-le-nom-qu’ils-ont-cette-semaine ? Les colonies. L’exportation de nos babioles ? Les (anciennes) colonies. Les pierres précieuses et certaines œuvres de nos musées ? J’vous le donne en mille : c’est les colonies. 

Quand nos politiques tuent les services publics, flinguent la culture, renforcent la précarité du peuple au profit des dividendes du grand capital, ils se pensent protégés par l’illusion de notre grandeur éternelle, entretenue par les capos de l’extrême droite. C’est plus facile de dire que c’est de la faute des Arabes que de notre histoire.

“Plus on hérite, moins on travaille”, dit l’effet Carnegie. J’suis pas un ayatollah de la productivité, loin s’en faut, mais c’est marrant de penser que cette phrase, appliquée à notre pays, mettrait la gauche globalement d’accord sur “l’héritage” français et la droite sur notre fainéantise. C’est pratique de nous présenter comme des feignasses : ça laisse entendre qu’on pourrait retrouver notre grandeur en se sortant les doigts. Spoiler alert : c’est faux.

Un musée braqué, et voilà qu’on rue dans les brancards pour un butin estimé à 88 millions d’euros. Mais quand on braque nos services publics pour rembourser des fonds spéculatifs, je ne vois personne faire son mea culpa.

Cette croyance obsolète en une grandeur éternelle est notre malédiction. C’est ce qui nous conduit à penser que jamais le Louvre n’aurait pu être braqué, ou que notre croissance économique sera éternelle parce que “nous sommes la France”, une civilisation à son apogée.

Quand Moustapha me parlait d’obésité française, il le faisait depuis son Maroc “en voie de développement”. Et nous ? Ex-puissance mondiale perfusée aux illusions, nous sommes un pays en voie d’effondrement.

motu

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