MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
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Une chronologie de viol(ences)

PAR TANIA 

Ceci n’est pas une enquête statistique et n’a aucune valeur scientifique, ce texte n’a pas la prétention d’être représentatif de toutes les réalités, c’est une chronologie, la mienne. Attention, vous pourrez peut-être vous y reconnaître tout de même : mon expérience est des plus banales. 

Il me paraissait important de la relater pour rappeler que derrière ces nombres atroces, d’un viol toutes les 2 min 30 en France, se cachent des histoires incarnées, qui se répètent continuellement. 1 femme sur 2 a déjà subi une violence sexuelle, marquant alors son corps pour le reste de sa vie. Selon l’enquête de #NousToutes sur le Consentement dans les rapports sexuels (2020), 1 femme sur 6 fait son entrée dans la sexualité par un rapport non consenti et non désiré. Ces statistiques titanesques décrivent un climat d’agression constant subi par les femmes, chaque jour, chaque seconde, inscrivant dès les prémisses de leurs aventures sexuelles la domination masculine écrasante. Ce fut mon cas aussi.

 

Je suis née en 2003, à Paris dans une famille bourgeoise. 

Puis j’ai grandi à Toulouse.

Je ne sais pas quand le sexe est rentré pour la première fois dans ma vie, je ne me rappelle plus quand est-ce que l’on m’a dit pour la première fois que mon corps était le mien.

Je me souviens qu’à 6 ans je me frottais sur le canapé alors qu’il y avait des invité·e·s, et que ma mère m’avait dit d’aller dans ma chambre si je voulais continuer “ces activités”. Je ne savais pas ce que c’était mais je n’avais droit de le pratiquer que dans mon lit, loin du regard des autres. 


Quand j’ai eu besoin d’images pour continuer à me stimuler, je lisais alors les Bidochons dans la maison de mes grands parents, les dessins crus m’étaient largement suffisants. 

J’ai relu l’une de ces BD récemment, le viol y est omniprésent.

En primaire j’apprends la signification du mot “violer”, puis nous en faisons une insulte,  un mot dévalorisant qu’on pouvait jeter à l’autre pour l’énerver un peu.

Je me rappelle qu’en CE2, après toutes les attrapes filles / garçons, Thomas a commencé à jouer seul contre mon groupe de 5 copines. Ses nouvelles règles étaient simples: on courait et s’il nous attrapait, perdu, il se collait à nous et se frottait, parfois il y avait même des bisous forcés. Ça m’est arrivé deux fois. Puis la directrice de l’école nous a convoqué·e·s, on lui a dit que le jeu était pas drôle mais surtout on avait peur qu’elle en parle à nos parents, on sentait que quelque chose de dégueu émanait de tout ça, un quelque chose qui nous aurait entachées et suivies. 

Après j’ai vécu une sexualité cachée tout le long du collège. Bien qu’on entende à longueur de journée le mot branlette et l’imitation du geste par tous les garçons, nous les filles on n’y avait pas le droit. Je pense qu’on se faisait toutes du bien à notre façon mais les peu de fois où j’ai essayé de partager mon expérience on m’a dit que j’étais sale ou perverse. 

En troisième je me suis fait de nouvelles super amies et je me suis rendue compte qu’on était finalement assez nombreuses à être sales et perverses.

A 13 ans pour la première fois je me fais suivre dans la rue, on est deux, en pleine après midi. On marche en mangeant des bonbons, deux hommes d’une cinquantaine d’année ralentissent en passant à côté de nous. Ils sont en voiture, baissent la vitre et nous proposent de monter, on part en courant dans une rue interdite à la circulation. Mauvaise surprise, ils nous attendent de l’autre côté, cette fois on court jusqu’à la première bouche de métro. 

Une autre aventure malheureuse se déroule peu de temps après lors du carnaval de promo qui marquait la fin du collège. Nous venions toustes déguisé·e·s, l’école nous refuse l’entrée et s’amorce alors une journée d’errance dans les rues toulousaines, toustes ensemble, une tradition qui devait se célébrer ensuite chaque année. Avec ma bande d’amies, nous étions 5, déguisées en super héroïnes. Pour cela, rien de plus simple qu’une culotte par-dessus un legging coloré, et cet accoutrement anecdotique a ensuite porté le poids de ma culpabilité. Nous sommes une trentaine à courir dans un supermarché, jouant au chat et à la souris avec la sécurité du magasin. Fièvre adolescente de bêtises puériles mais plus que satisfaisante pour cette journée de début d’été. Je trottine alors rapidement vers la sortie puisque nous sommes pourchassé·e·s, quand une main vient frapper mes fesses, une fessée qui m’indique d’accélérer accompagnée d’un “Allez les fifilles plus vite”. Je me retourne choquée, un veil homme de 80 ans accompagné de sa femme. Après la stupéfaction des premières secondes, j’ai honte, très vite et beaucoup trop. 

Je me dis que je suis tellement conne d’avoir porté des sous-vêtements apparents.

Ma première main au cul. J’ai 14 ans. Cette même année de troisième, le planning familial fait une intervention dans ma classe. On était déjà toustes sur les réseaux sociaux, #MeToo était en cours, on vivait plus dans le même monde que nos grands parents, on se savait libres, le féminisme m’apparaissait presque démodé. L’intervenante nous parle uniquement de consentement en nous montrant la vidéo du thé, je suis rentrée chez moi et j’ai raconté à ma mère que c’était nous prendre pour des arriéré·e·s, notre génération était déjà au courant de tout ça. 

Quelques mois plus tard, je me rendrais compte que je n’y connaissais rien. 

– à suivre.

motu

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