MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES

[SANS-VALENTIN] Il nous faut réapprendre à aimer.

PAR MEHDI EL AFANI

// Pour la Saint-Valentin, Motus explore la « Sans Valentin ».  Ici, alors que le progrès nous pousse à célébrer nos individualismes, le capitalisme comblant les trous, Mehdi s’interroge sur ce que l’amour, au contraire, rend possible.Retrouvez les autres articles #SansValentin sur le site! // 

Il nous faut réapprendre à aimer. 

Aimer d’abord, contre l’infamie du progrès. Si j’ai longtemps cru qu’il était nécessaire, que le progrès nous sortirait des crises qui nous guettent, j’ai aussi tardé à voir ses effets délétères. Le progrès (technique, à fortiori) n’est, bien souvent, pas une solution mais une fuite en avant individualiste : qui a besoin des autres quand la technologie peut sauver tout le monde ?
Quand chacun peut se sauver seul, la dépendance aux autres disparaît et avec elle, le besoin de faire société.
Notre foi en notre toute-puissance guidée par le progrès a parachevé notre transformation en outil d’un système économique que nous avons nous-mêmes créé. Dans un système où le capital financera un travail automatisé, même les prolétaires ne redeviendront que de simples consommateurs. Le progrès, entité insaisissable, malléable et pleine de promesses, est devenu une nouvelle religion dotée, comme le Divin en son temps, de la maîtrise du futur tout-puissant.

C’est de cela dont il s’agit : une bataille culturelle qui dissimule une crise spirituelle derrière laquelle se trouve l’homo economico-solitus, l’individu rationnel capitaliste et solitaire qui n’aurait besoin de personne. Mais même le plus gros des mascus a parfois besoin d’une épaule sur laquelle pleurer.
Deux mille années d’une révolution socio-politico-économique pour se retrouver au point de départ : si vous voulez faire société, vous avez besoin d’amour. C’est donc Jésus qui avait raison – et le descendant de Mahométan qui vous le dit vous rappelle qu’Issa est pour nous aussi un messager. Peut-être, finalement, que ce sont les droitards capitalistes et jésuites qui ont raison lorsqu’ils s’opposent à la laïcisation de la société française. Mais là encore, il s’agit de cohérence : qui peut raisonnablement croire ceux qui prônent à la fois le progrès technique et le recul moral ? 

Je parle d’amour car c’est un moteur. C’est le mien même. Célibataire sans enfants, j’ai au moins cette chance-là : pouvoir en parler d’une manière désintéressée et donc, universelle. Je suis un amoureux du futur, des gens que je n’ai pas rencontrés, des plats que je n’ai pas goûtés, de tout ce qui risque de passer. Ça n’est pas naturel car l’amour s’apprend. D’abord par mimétisme, on cherche à reproduire les schémas d’inconditionnalité qui constituent l’amour filial puis on finit par déconstruire les carences de l’amour parental pour pardonner à ces gens qui nous ont élevés et qui sont juste des gens.

Pour réapprendre à aimer, regardez ceux qui l’ont perdu, leur amour.

Les gens, ça se trouve et se perd tout le temps. Mais perdre des gens qu’on aime, c’est différent. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts » c’est une illusion en fait. La perte nous donne une résilience dont on se passerait bien, des questionnements sans fin, des angoisses ou des traumas et pour tous un relativisme nouveau qui se voit dans les yeux. La prochaine fois que vous plongerez dans un regard, peut-être que vous reconnaîtrez cet éclat si particulier : douceur, naïveté, un soupçon de doute et une émulsion d’amour.

Celles et ceux qui savent que le progrès tue, de plus en plus tôt, avant la retraite comme les jouets usés d’un système en déliquescence construit par ceux qui s’aiment qui font souffrir ceux qui aiment. 

Sensibles de tous les pays, unissaimez vous !

MOTUS A BESOIN DE VOTRE SOUTIEN DANS CETTE PÉRIODE POLITIQUE TROUBLÉE

Si vous aimez nos contenus, sachez que Motus a particulièrement besoin de vos dons en ce moment. Si vous valorisez l’indépendance de la presse, il y a encore plus de sens à donner aux petits médias précaires, associatifs, participatifs et pro du système D comme Motus : nous avons vraiment besoin de vous. Grâce au soutien de nos lecteurs, nous pouvons vous outiller pour les multiples batailles politiques à venir comme nous le faisons pour les municipales ou la lutte contre l’extrême-droite, en permettant à chacun·e de se réapproprier la politique et les grandes questions qui la traversent.