MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
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Libérer le travail

Par Jonas

Chaque mois, Jonas poursuit sa réflexion sur le monde du travail et ses implacables dérives dans sa chronique « Tout travail mérite sa laisse ». Aujourd’hui, il poursuit sa réflexion pour « libérer le travail »… au moins dans nos espoirs 🙂

On y est, le constat est maintenant posé : le travail, ça me questionne ! Depuis le début de cette chronique, j’ai essayé de défricher large, de la racine du terme jusqu’à son emploi moderne. Et vous aurez compris que j’ai la sensation que quelque chose ne tourne pas rond. Dès mon premier job “officiel”, j’ai vécu la pression du chef d’équipe insinuant que pour ma carrière, ça serait bien d’en faire un peu plus. Que Mélanie, elle, elle arrivait chaque matin trente minutes en avance et ne lésinait pas sur les heures supplémentaires en fin de journée. Si je voulais durer dans le monde professionnel, il était de bon ton de se donner un peu mal, disait-il. Son discours n’a pas pris et j’ai quitté la boîte quelques mois plus tard, contrat non reconduit. Mais plutôt que de chercher à transformer mon comportement, j’ai tenté de décrypter les vices d’un travail qui nous emprisonne la majorité de notre temps et depuis, je tente de construire un compromis satisfaisant dans mes activités rémunérées. 

Cet article, j’ai commencé à l’écrire début mai alors que l’actualité alternait entre des images de vitrines éclatées et des bouquets de muguet. Le premier mai, c’est ce qu’on appelle communément la journée du travail. Mais rappelons-nous l’origine de cette journée : c’est en 1884, le 1er mai donc, qu’aux Etats-Unis, les syndicats se sont mobilisés massivement pour revendiquer et obtenir la durée maximale de huit heures de travail quotidien (cf les précédents billets sur l’histoire du travail). Et depuis lors, nos luttes nous ont apporté un week-end hebdomadaire, des congés payés et des jours fériés. C’est donc bien la diminution du temps de travail que l’on célèbre et non pas la valeur travail, chère à nos dirigeants.
Il me semble essentiel de garder en tête cette longue et éprouvante histoire des luttes et des conquêtes successives pour s’émanciper de nos conditions de vie épuisantes et peu valorisantes de l’époque. Et il s’agit non seulement d’honorer cet héritage mais de le poursuivre et l’enrichir de nos richesses, financières comme intellectuelles. 

Travailler moins mais travailler tous !

Depuis juin dernier, en Angleterre, une expérimentation fait grand bruit : une soixantaine d’entreprises anglaises testent la semaine de quatre jours (SANS réduction de salaire et pour un temps de travail de 32 heures/semaine) et les conclusions sont éloquentes : 92% des entreprises souhaitent conserver ce format là. Le stress, les burn out, les démissions ont diminué de manière spectaculaire mais surtout : la productivité a augmenté.

Fichtre, travailler moins pour produire plus, pourquoi on n’y avait jamais pensé en France?
Jamais? En 1993 déjà, Antoine Riboud, pourtant directeur de Danone, va s’exprimer pour marquer son soutien à la réduction du temps de travail, convaincu par une logique simple : le temps de travail individuel diminue mais le nombre de travailleurs augmente! 

La même année, la société Volkswagen, prévoyait 30 000 licenciements pour sortir d’une crise financière. Mais l’état allemand a cherché à éviter à tout prix les licenciements et Volkswagen a ainsi passé tous les ouvriers à 28 heures semaine, en diminuant très légèrement les salaires (les pertes étant compensées par l’état qui n’a ainsi pas eu d’aides chômage à verser) et aucun licenciement n’a finalement eu lieu !

Même Jacques Chirac, président à l’époque, va se montrer enthousiaste sur cet aménagement après une visite chez Brioche Pasquier qui appliquait cet emploi du temps dans sa société. 

Et en 1996, la loi de Robien est établie et permet aux entreprises de proposer les 32 heures semaine. Mais à peine sortie de l’oeuf, la loi est carrément vidée de sa substance en 1997 avec la promulgation de la loi Aubry sur les 35 heures qui garantit une plus grande flexibilité pour les entreprises et donc surtout pour les patrons qui peuvent faire travailler leurs employés encore plus d’heures (sous couvert de RTT dans le meilleur des cas, sous menace de licenciement dans le pire). Pour plonger plus en détails dans les applications et les réalisations de la semaine de quatre jours, je vous recommande de découvrir le mouvement porté de Pierre Larrouturou, architecte de la loi de Robien, qui continue depuis de défendre ce modèle qui semble susciter bien plus d’enthousiasme dans d’autres pays comme l’Allemagne, la Belgique et même le Japon ou la Nouvelle-Zélande. 

T’es laid travail

Si la réduction du temps de travail me semble être un axe de réflexion intéressant, il y a un autre ajustement qui est au cœur de l’actualité depuis le début de la crise du Covid : le télétravail. A l’heure actuelle, c’est presque 50% des entreprises françaises qui acceptent la mise en place du travail à distance. Et une large majorité des employés apprécient le travail à distance. Si les inconvénients du travail solitaire (manque de motivation, perte de repères, absentéisme et perte de productivité, diminution des liens sociaux) existent indiscutablement, il est crucial de les mettre en perspective face aux bénéfices qu’engendre le travail à distance : moins de stress, moins de temps perdu dans les transports, un allégement du trafic et un sacré bol d’air pour la pollution lié au transport, de la flexibilité dans son agenda et j’en passe.
Aux Pays-Bas, depuis le 5 juillet 2022, le droit au télétravail est dorénavant inscrit dans le cadre légal. Et depuis des années, cette pratique était déjà largement plébiscitée dans le pays. Mais cette question du travail à distance questionne aussi fortement les frontières du cadre professionnel : est-on en train de travailler en se rendant au travail? Quand on fait une pause repas, est-elle comprise dans notre salaire? Et si c’est une pause café? Ou un repas d’entreprise?
On le voit rapidement, les questions sont plus nombreuses que les réponses et rares sont les personnes qui peuvent affirmer mettre le travail absolument à l’arrêt une fois dépassés les horaires officiels.
Je ne suis pas de ceux qui affirment sans équivoque avoir trouvé une solution, mon ambition est plus modeste : questionner. Ce sont des des pistes de réflexion que j’aimerais semer en chacun, arriver à questionner notre rapport au travail, sans cesse ajuster ses limites, redéfinir nos propres cadres et proposer des alternatives. 

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Sources supplémentaires

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/affaires-sensibles/les-trente-cinq-heures-travailler-moins-pour-travailler-tous-3621160

https://www.welcometothejungle.com/fr/articles/reduction-temps-travail-utopie