MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
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« C’est fini ! » ou comment l’accord de paix au Moyen-Orient n’est même pas un début

PAR CHARLOTTE GIORGI

“C’est fini. La guerre est finie!”

Ça, et des images d’immenses rassemblements, de gens aux yeux humides, qui se serrent dans les bras. C’est ce qui peuple les stories Insta de cette fille dont j’aimais tant la gouaille, et qui depuis deux ans, se fait le relai à peine voilé de la propagande israélienne – ce dont elle se défend évidemment à grands coups de discours prônant la “paix” et “l’amour entre les peuples”. J’aurais pu l’unfollow, aux premiers posts un peu bizarres, assurant à grands renforts de slides, que l’antisionisme c’est l’antisémitisme, puisque refuser un Etat juif et donc ethniquement pur, c’est souhaiter le retour de la Shoah. J’aurais pu l’unfollow, mais je suis restée, depuis deux ans, abonnée à ce compte qui produisait amalgame sur amalgame, traînait dans la boue Rima Hassan ou les flottilles que nous défendions, et faisait passer pour des évidences historiques des décisions colonialistes, et pour de l’amour révolutionnaire une simplification dramatique du conflit, encore ramené à cette “guerre” entre deux peuples “que tout rassemble pourtant”. 

Photo de Sunguk Kim sur Unsplash

Je suis restée abonnée, par curiosité. Par sidération. Par besoin maladif de constater de mes propres yeux à quel point une personnalité dont j’avais tant apprécié le franc-parler et les punchlines pouvait se vautrer dans un narratif colonial bien rodé. 

Chaque jour depuis deux ans, j’alterne entre les posts irréels sur ce qu’il reste de la ville de Gaza (des tas de ruines) et les diatribes de cette femme (à mi chemin entre harcèlement moral des défenseurs de la cause palestinienne et mise en exergue de l’amour fou qui lierait naturellement les peuples qui ne cèdent pas aux “extrêmes”). L’entendre s’exprimer depuis sa judéité, les peurs, la détresse et l’inconfort éthique ultime de nos compatriotes juifs m’a souvent aidée à réaliser des choses, à y voir plus clair, à ne pas me laisser aveugler par ces amalgames qu’il est tellement plus facile d’embrasser. Mais comment un ressenti aussi brûlant, touchant aux tripes et aux ravages des visions raciales du monde, pouvait-il cohabiter avec le récit mensonger de deux peuples à égalité, se battant de manière équilibrée, oeil pour oeil et dent pour dent ? 

J’en étais là des stories et des paradoxes, lorsque l’accord de paix nous est tombé dessus comme un cheveu sur la soupe, substituant la caricature au désespoir. Le tout alors que nous tournions une énième émission sur le média, nous débattant avec une reconnaissance de la Palestine par Emmanuel Macron dont on pourrait presque rire de l’absurdité si ce n’était pas tellement horrible, de reconnaître un peuple alors même qu’il disparaît.

J’écoute France Info comme tous les matins, et soudain, d’un claquement de doigts, et pas n’importe lesquels, ceux de Donald Trump (celui-là même qui parlait de faire de Gaza une riviera touristique alors que 2 millions de personnes y subissaient un génocide), de son claquement de doigts donc, la “guerre” est soudainement finie. On suit à la minute près le retour des “otages” du 7 octobre auprès de leurs proches éplorés. Est-on sensibles, touchés, émus ? Bien sûr : qui ne le serait pas. Une mère qui retrouve son enfant ou un enfant qui retrouve sa mère, après deux ans de menaces et de séparation forcée, ça émeut. Ce n’est pas parce qu’on a les yeux bien en face des trous sur la situation de la Palestine qu’on oublie d’avoir un coeur. Voilà qui est dit et posé. 

Mais une fois encore, le narratif est navrant de partialité. Filme-t-on le retour des prisonniers palestiniens, enfermés par centaines, la plupart sans aucune forme de procès, et à qui on n’accorde pas le statut d’otage ? Non, bien sûr. 

Près de 70 000 morts, dont près de 20 000 enfants selon l’UNICEF, un territoire rasé (la bande de Gaza) et inhabitable, une aide humanitaire bloquée aux frontières et une population entière soumise à une famine organisée, un nettoyage ethnique procédant, aux dires des experts internationaux, du génocide, le ciblage délibéré des journalistes palestiniens rapportant ces horreurs (voir pour cela le travail de Reporters sans frontières ou Amnesty International). Mais tout ce qu’on entend comme bilan, c’est la main de maître de deux suprémacistes blancs, Netanyahu et Trump, ramenant 22 personnes dans leur Etat colonial, pendant que ses ressortissants continuent de trépigner aux abords de Gaza et en Cisjordanie, pour enfin pouvoir chasser les Palestiniens et s’installer à leur place avec la satisfaction du travail accompli. 

Alors sur le média, nous sommes obligés de lancer l’alerte : non, la guerre n’est pas finie. Tout simplement parce qu’elle n’a jamais commencé. Il ne s’agit pas d’un conflit ou d’une situation, mais d’un peuple assiégé par un Etat suprémaciste et colonial soutenu par le monde occidental jusque dans le pire de l’atrocité. D’un peuple persécuté, chassé, traqué, trié, éliminé par un Etat terroriste pour qui la seule justification (celle d’avoir été historiquement persécuté, chassé, traqué, trié et éliminé) a suffi aux puissances occidentales pendant 2 ans, pour laisser faire l’impensable. 22 otages ont suffi à justifier le massacre d’une population entière, et la négation de leur humanité, de leur subjectivité politique, de leur dignité.  Et l’on peut juste déclarer, du jour au lendemain, que cette guerre est finie ? 

Voilà. Il n’y a rien à voir, circulez, à part ces images touchantes d’otages qui retrouvent les leurs. La paix et l’amour suffisent à justifier qu’on ne montre rien d’autre. Qu’on n’appelle “otages” personne d’autre. Qu’on balaye la dimension intrinsèquement guerrière de cet Etat qui n’est jamais inquiété malgré toutes ses violations du droit international sous prétexte que l’effondrement moral des élites occidentales a touché le fond et qu’un viriliste à l’ego surdimensionné et aux cheveux oranges a décidé d’y mettre un terme, signant devant les caméras du monde entier un minuscule bout de papier. 

Nous le disions déjà il y a deux ans : la paix, ce n’est toujours pas le retour à un statu quo colonial. 

“ Il ne s’agit ni d’un conflit ni d’une guerre mais de la brutalité de la colonisation. Celle de territoires palestiniens qui se réduisent comme peau de chagrin, et dont Gaza, cette bande terre enclavée, encerclée, enfermée, est le dernier miracle, la dernière trace de liberté qui résiste. À cette résistance, oui, se mêlent le terrorisme et les profiteurs du sombre chaos. Mais ils servent aussi trop souvent à faire diversion des vrais sujets. Le vrai sujet : la colonisation. C’est dans ce cadre que le 7 octobre, le Hamas, mouvement terroriste, attaque brutalement les colons. Les méthodes sont atroces, et le traumatisme de personnes ciblées parce que juif·ves, est réel. Si anticiper la riposte et s’alarmer de l’inégalité du rapport de force a pu faire oublier cela, j’en suis désolée. Mais je crois être plus efficace sans être un perroquet.” 

Billet de novembre 2023

 

Si la paix est le mot du consensus absolu, je nous implore d’être les artisans de la discorde dans cette époque lâche et indigne. Je nous aime d’ailleurs, de ne pas céder à la facilité, de refuser les raccourcis et les compromissions. Cet amour et cette paix d’être justes, je sens bien qu’il va falloir s’y cramponner, face aux paix sanglantes et aux amours corrompus que l’on nous propose. L’amour révolutionnaire est trop important pour qu’on cède à ses imitateurs. La boussole n’a pas bougé. Elle est toujours entre nos mains, quitte à être les oiseaux de malheur, ceux qui disent la réalité : rien n’est fini. 

 

[…] Car dans ce qui se joue en Palestine, il y a davantage que « la situation au Moyen Orient ». Ce sont des excuses bien ficelées. Ce sont des soutiens inconditionnels et des droits à se défendre qui déforment les ordres de grandeur et font passer la possible mort de 2 millions de personnes dont 47% d’enfants pour un dommage collatéral. C’est l’impérialisme occidental qui, derrière le paravent du terrorisme et des religions, poursuit ses bis repetita de l’horreur, après avoir martelé cent fois « plus jamais ça ».

Alors comme on le disait il y a deux ans : « quand il n’y a plus d’espoir, il y a encore de quoi être juste. Il nous faut nous aussi, aujourd’hui, trouver au-delà de l’espoir, le chemin de la dignité. Qu’il puisse nous permettre de faire ce qui est juste. Et l’on sait comme il est urgent d’être juste. Cette source de force et d’élan est inépuisable.”

motu

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