MÉDIA ENGAGÉ SUR LES ONDES
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Je soigne mon totalitarisme

– Mais déconnez pas, non plus. 

PAR ENTHEA

 

En ce moment, pour mille raisons qui nous unissent par l’actualité, je m’interroge énormément sur la place que je souhaite occuper dans cet espace vertigineux qu’est “le vivant”. Ce vivant, que l’on pense en miroir de nos pratiques de production de mort, de souffrance et de destruction. Je pense à ce pouvoir que l’on se donne sur les corps des autres espèces avec qui nous partageons (hum…) les espaces dans lesquels nous aimons, produisons, respirons, espérons.
Pour être précise, j’adopte un mode de vie basé sur la minimisation (puisque l’abolition n’est encore qu’un rêve trop peu partagé pour une influence totale sur notre société) de l’exploitation animale, dans mes consommations, mes pratiques, et autant que possible dans un respect du partage de l’espace, des besoins et de la sentience (1) de toustes les individu·es sur qui mon statut d’humaine globalement privilégiée me donne un pouvoir de nuisance. 

C’est une posture évidemment dérisoire si elle doit se résumer à ce que pense de moi Jean-Michel Onpeutplusriendire à qui je dis “je suis végane”, un jour où je me sens un peu trop joueuse. Jean-Michel va me demander à quoi “j’ai le droit” (au cas où mon gourou, ou peut-être le Saint-Woke, s’aperçoive que j’ai chipé un bout de saucisson en douce à l’apéro ?). Il va me plaindre de cette difficulté qu’il ne connaît pas, et en profitera pour me rappeler le bon goût du steak miam miam. En oubliant complètement que l’on parle ici d’un choix conscient, volontaire, maintenu et réitéré par envie, chaque jour. 


Bref, la question n’est pas de faire la course à l’absolue perfection, bien évidemment, Jean-Barbec’. Par exemple, samedi, j’ai acheté du nutella “plant based”, pour mon amoureux. J’ai bien, BIEN baissé les yeux à la caisse, au moment de financer cette merde, aussi “plant based” soit-elle. Parce qu’à ce moment-là, j’ai fait passer mes sentiments, mon individualité, au-dessus d’un ensemble de valeurs qui m’animent pour autant chaque jour. Comment être en paix avec ça ? Il n’y a pas à être en paix avec ça, je crois. On peut trouver mille raisons pour se faire passer avant tout, mais la réalité, une fois dépouillée des prétextes et de la mauvaise foi, restera toujours aussi crue.

C’est typiquement cet ensemble de situations qui m’amène à nuancer ma réponse à la question à laquelle je répondais fut un temps avec la vigueur d’une jeune militante pleine d’angles morts, qui écoute de la musique trop fort et trop longtemps pour se calmer les nerfs : 

Est-ce qu’on peut vraiment être de gauche, si on est pas végan·e ?

Enthea, 2018 : “Non. Actuellement c’est tout simplement impossible d’ignorer tout ce qu’il se passe, au vu du travail de toutes les associations, de l’accès aux documentaires, aux podcast et tous autres supports médiatiques sur les sujets de maltraitance animale. Fermer les yeux volontairement sur des atrocités, c’est au mieux hiérarchiser ses combats, au pire considérer que c’est tout à fait acceptable de s’approprier et exploiter la vie d’autres individu·es pour notre confort. (Si ça c’est pas de droite, je sais pas ce qu’il faut.). Nuance faite de la question alimentaire pour les personnes souffrant de TCA (2) qui ne peuvent faire autrement. La question du budget n’est pas valable, merci de bien vouloir la rouler et caler vos portes avec.”

Tout ça me questionne… Où est-ce que je vais, avec une vision si totalitaire ? Est-ce que c’est dans ce monde que je veux vivre ? Dans un monde où il faut pouvoir ? Pouvoir faire, pouvoir réfléchir, pouvoir être à 100% de l’idéal, sinon rien ? Sinon on est Eric Zemmour ?

Enthea 2025 : “Avec une réflexion plus large sur les privilèges facilitant certains modes de vie/accès aux informations/disponibilités mentales et physiques, j’adhère plutôt à l’idée qu’il y a une nécessité réelle, viscérale, à laisser de l’espace dans nos coeurs pour penser notre relation au vivant et à notre environnement de la manière la plus vaste possible.
Est-ce que “végane” se dit de la perfection, ou est-ce que cela peut se dire d’une personne qui s’engage dans un processus de changement idéologique et de consommation, dans la mesure de ses possibilités à un instant T ? 

Dans mon entourage, nous sommes encore peu à nous qualifier de “végan·es”, et c’est quelque chose qui m’a été souvent difficile.

Comment ces gens, que j’aime si fort, peuvent-ils encore accepter de se régaler au quotidien et plutôt sereinement des massacres et tortures d’individus ? Elleux qui sont si adorables, qui ne veulent que l’amour et la paix pour toustes, du fond de leur cœur, je le sais bien. Où sont les actes ? La guerre dans mon crâne. Je me battais avec une idée fixe : je n’accepterais jamais de les voir torturer des chatons dans une cave, donc qu’est-ce qui fait que j’accepte aujourd’hui de les voir cautionner ces actes de barbarie ?
Ce qui a apaisé (…hum again) ce conflit interne, c’est de voir et savoir que même si leurs achats, leurs pratiques finançaient régulièrement ces abominations, iels étaient dans leurs mots et leurs réflexions, aligné·es avec l’idée d’éviter d’exploiter des individu·es.
… Alors du blabla, et pas d’actes, ça suffit ?

Non, ça ne suffit pas.

Ça ne suffira jamais, pour les milliers de vies que l’on prend dans la torture, chaque jour. 

Mais à la question “Est-ce qu’on peut vraiment être de gauche, si on est pas végan·e ?”, désormais, je sais un peu mieux répondre.

Oui je pense que l’on peut être de gauche même si l’on n’est pas adoubé·e par le gourou du véganistan grâce à 10 ans de pratique exemplaire.

Mais on ne peut pas être de gauche si l’on considère qu’il est acceptable d’utiliser la vie d’autrui pour servir ses besoins et ses envies, et si l’on ne bouge pas pour s’opposer à ça, d’une manière ou d’une autre. Le spécisme (3), c’est de droite.

Il y a tant de manières de faire, et il y a tant à faire, ou à s’abstenir de faire. 

“Rien” n’est désormais plus une option.

 

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 (1) Concept philosophique qui définit la capacité à penser, à ressentir.

(2)  Troubles du Comportement Alimentaire (Les plus connus sont l’anorexie et la boulimie, mais ces troubles peuvent être divers et d’intensité variés, et sont associés à une souffrance psychologique et une difficulté voir impossibilité à contrôler des pulsions)

 (3) Considération que l’espèce à laquelle un animal appartient est un critère pertinent pour établir les droits qu’on doit lui accorder ou l’égard porté à ses intérêts. Le spécisme hiérarchise les individus pour savoir lesquels peuvent être exploités, torturés et tués et lesquels peuvent avoir le droit à la considération de leurs besoins primaires. L’humain est bien évidemment dans ce cadre, l’espèce qui bénéficie du plus de droits. De tous les droits.