Voyager écolo pour un monde plus beau

Par Une Voyageuse Heureuse

Cette chronique vise à repenser le tourisme. De par mon parcours professionnel, j’ai acquis de nombreuses connaissances sur l’écologie et le voyage. Considérez cet article comme un guide officieux…

1°/ LE CHOIX DE DESTINATION

Peu importe si vous êtes jeunes, vieux·vieilles, étudiant·e·s ou salarié·e·s, pour voyager responsable, il vous faut voyager en conscience et donc de se poser ces deux questions : 

Combien de temps je souhaite partir ? 

La première implique le temps dont nous disposons, et donc de réfléchir à l’avance à poser des jours, à optimiser un week-end avec un jour férié, etc. Cette question vous amènera très rapidement à la deuxième…
… Pourquoi je souhaite partir ? 

Vous avez besoin de vous retrouver seul·e, de rencontrer des nouvelles personnes, de vous connecter à la nature, d’apprendre une nouvelle langue ? 

C’est à partir du constat de vos envies que vous pourrez décider de la durée de voyage qui vous convient ou… De ne pas partir du tout ! À vous de comprendre ce que vous recherchez à travers le voyage. 

Alors évidemment, à part lorsque vous souhaitez apprendre une nouvelle langue, il est important de privilégier un territoire proche de chez soi ou du moins, accessible en mobilités douces… 

PS : et pour éviter le surtourisme (surfréquentation de certaines zones touristiques), on voyage en hors saison !

2°/ LE TRANSPORT

Si vous n’avez pas encore lu ma chronique précédente concernant l’avion comme mode de voyage, je vous invite à la lire (ici) !

Le train 🚂

Alors oui, faire un Paris – Nice, c’est plus rapide en avion, mais clairement pas écolo. Paris – Nice en avion, c’est 0,262 tonnes équivalent CO2 par passager (source) alors qu’en train c’est 1,77 kg équivalent CO2 par passager (source). Le train est donc 68 fois moins polluant que l’avion sur ce trajet, alors le choix est vite fait non ?
“Oui mais le train c’est trop long blah blah blah…” Ça tombe bien, la SNCF a développé des trains-couchettes (cf. cette vidéo de Bruno Maltor pour en savoir plus), de quoi vous économiser une journée de trajet !

Tips : Rendez-vous sur tictactrip.eu pour comparer les meilleurs prix et alternatives pour votre voyage !

Tips 2 : Trouvez des idées de destinations accessibles en train grâce au Guide de Greenpeace !

Le bus 🚌

C’est clairement mon option préférée pour une seule bonne raison : les paysages. C’est incroyable ce que l’on peut voir lors d’un trajet en bus. Je suis partie de Bordeaux jusqu’à Budapest en mai dernier, soit 30h de bus, alors oui, c’était éprouvant, mais qu’est-ce que c’était beau. J’y ai retrouvé mon âme d’enfant longtemps oubliée…

Bref, pas de surprise, Flixbus est selon moi l’alternative la plus simple et rapide. Vous pouvez bien évidemment faire du covoiturage ou de l’auto-stop si ça vous tente.

Le vélo 🚴

Et oui, ne l’oublions pas ! Avec vos jambes, le vélo est le moyen de transport écolo par excellence. Pour le coup, pas de conseils à vous donner, je ne l’ai jamais expérimenté. Par contre, je vous conseille le compte Instagram de Tim Bsn, un grand voyageur à vélo qui vous partage ses aventures !

3°/ L’HÉBERGEMENT

Parlons peu, parlons hébergement. Pour un hébergement écolo, le mieux est de se tourner vers les labels. Vous n’y connaissez rien ou n’y comprenez rien ? Pas de panique, We Go GreenR, une start-up bordelaise proposant des hébergements éco-responsables, a réalisé un super guide que vous trouverez par ici. Vous pouvez d’ailleurs réserver sur leur site, ils ont plus de 1000 hébergements en France et des hôtes adorables, ça vaut le détour !

Pour ceux·celles qui ne veulent pas se prendre la tête, Chilowé vous propose des séjours écolo complets et proches de la nature.

Et si vous êtes sur un budget réduit, l’option de couchsurfing (dormir gratuitement chez des locaux) ou du woofing (donner quelques heures de son temps en échange d’un lit) sont possibles. 

4°/ JE VIENS EN PAIX

De nombreuses activités peuvent mettre en péril la biodiversité des destinations sans que vous ne vous en rendiez compte. Par exemple, aller observer les baleines en bateau (souvent avec des gros moteurs bien polluants) perturbe leur mode de vie et peut leur créer un stress important. En bref, chacune de vos actions a une conséquence. À cause du tourisme de masse, s’est développée une “maladie” appelée la touristophobie, soit la peur / haine des locaux envers les touristes. À raison, les touristes sont vus comme des parasites qui dévalisent les magasins, créent des déchets, font augmenter les loyers et créent des nuisances sonores.
Alors qu’est-ce qu’on fait ?
En amont de votre voyage, renseignez-vous sur les us et coutumes de votre destination. Sur place, rendez-vous à l’office de tourisme ! Iels pourront vous informer sur les habitudes des locaux, les jours des marchés, la collecte des déchets et en plus vous donner de super conseils et activités !

Et lorsqu’on revient, on parle de son voyage à ses proches ou sur les réseaux sociaux afin de sensibiliser le plus grand nombre à l’impact des voyages !

Parce que voyager c’est trop beau, mais voyager écolo pour un monde plus beau c’est encore mieux.

SOURCES : 

https://www.sncf-connect.com/article/partir-en-tgv-inoui-cet-ete-c-est-gagner-en-temps-de-trajet-et-reduire-son-empreinte

http://www..tictactrip.eu

https://www.flixbus.fr/

https://www.instagram.com/timbsn/

https://www.wegogreenr.com/

https://chilowe.com/

Les NFT : késako ?

Photo de Jonathan Borba sur Pexels.com

Oui, oui, on sait, ces trois lettres vous donnent déjà de l’urticaire alors que vous n’en connaissez pas vraiment la signification. Nous aussi. Les NFT, dans notre tête, c’est un truc de mordus de la tech, de futurs méga digitalisés, et d’autres mots tout aussi obscurs comme : métaverse, cryptomonnaies et creator economy.

Malgré tout, les NFT forment un amas de points d’interrogations qui pourraient s’avérer dangereux ou, au contraire, pleins de promesses pour le monde de la culture par exemple, selon l’usage qui en sera fait, et à quel point nous investissons la question. Alors, quitte à s’y intéresser, autant le faire ensemble.

Dans ce nouvel épisode de notre podcast d’actu Vacarme des Jours, on plonge avec vous dans ce monde encore réservé à ceux qui le comprennent. Attention à vous, on arrive.

Performer son genre

Par Enthea

Cette saison, l’équipe de rédaction de Motus s’est étoffée. Au fil des jours, nous vous proposons donc de plonger dans les réflexions de cette génération qui navigue dans un monde bouleversé, et qui a fait du questionnement son mot d’ordre. Ces chroniques sont des points de vue sur le monde, elles reflètent donc la subjectivité de leurs auteurs et autrices. Elles se veulent intimes, pour regarder les grandes questions par le petit trou de la serrure. Sans compromis, elles vous entraînent dans les pensées de la jeunesse d’aujourd’hui, celle qui repeint l’époque à son image.

Dans ce billet, Enthea vous parle de male gaze, de performance, de conformisme. Mais aussi d’apprendre à décentrer nos regards vers la liberté.

Photo par Enthea (c)

Allez viens. Aujourd’hui on se balade dans la rue. Ou bien on se pose dans un coin en soirée. Mais surtout, on observe.

Ce jeu d’acteurs, d’actrices, permanent. Une grande mascarade sociale, que nous rejouons chaque jour, où se mêle ce que l’on choisit de montrer, et ce qui nous échappe.
De ces échappés involontaires, une chose m’interpelle particulièrement : nos conditionnements. Ces conditionnements, ce sont les bases qui nous ont forgé·e·s, inconsciemment. Ils sont les fondements de notre société, qui cimentent nos interactions, qui consolident nos certitudes.

Nous sommes éduqué·e·s à voir nos pairs par un certain prisme, comme si c’était le seul regard possible. Ce prisme porte un nom : le male gaze (1). Sa traduction littérale, « regard masculin » porte à confusion, car il s’agit en réalité du regard que nous portons tous et toutes, et qui est considéré comme « neutre ». Cette façon de percevoir le monde conditionne autant les cadrages des nos films que les choix visuels des publicités, que la manière dont nous appréhendons les corps d’inconnus, d’amis, d’amours, …

Le male gaze, ce regard collectif et dominant, se caractérise par le fait de réifier (rendre objet) et sexualiser les corps, notamment les corps perçus comme féminins. C’est ainsi que l’on se retrouve avec des publicités pour des lunettes, avec en gros plan un corps de femme mince, blanche, valide, dénudée, et sans tête. Un basique, toujours efficace. Car nous approuvons inconsciemment ce regard porté, qui nous berce, nous rassure, et nous montre ce qui a valeur d’être validé ou non, depuis tout·e jeune. Et c’est là tout l’enjeu : ce qui a valeur d’être validé. Ce prisme nous éduque et nous apprend ce qui a valeur d’être validé. Nous reproduisons ces valeurs pour correspondre à ce prisme. Ce prisme qui nous éduque et nous apprend ce qui a valeur d’être val… Bref, t’as compris.C’est un cercle.

Ça serait, du fait, naïf et malheureusement faux, de penser que nos comportements, nos goûts, nos désirs, nos sexualités n’ont pas été impactés, voire carrément créés, par ce prisme. L’œil désire ce qu’il à l’habitude de voir, d’une part. Mais la valeur de la validation sociale n’y est pas pour rien non plus dans les choix que nous faisons, pour nos corps (injonction à la minceur, à l’épilation), ou envers ceux d’autrui (discriminations, rejets, adulations, etc).

Il y a quelques années, j’ai décidé d’arrêter de « performer la féminité » (2), à fond et à tout instant. Parce que bon, merci quand même, mais ça prend vachement de temps, tout ça. Et puis ça fait mal, ce type de féminité. Et faim. Et on est beaucoup moins mobiles. Et puis il faut parler moins fort. Dire des trucs moins pertinents. Payer plus cher, pour des concepts esthétiques pas très intéressants.
C’est tout nul, en fait.

Cette esquive des codes validant mon identité, m’a apporté plusieurs questionnements. Notamment sur un sujet qui a sa place autant dans ma vie privée que dans mon travail de photographe : l’érotisation des corps.
Alors, si l’on tente de sortir de tout ça : comment faire, comment se trouver, comment se présenter, comment regarder différemment ?

Lorsque l’on a plus envie de jouer la fragile dévotion, qui devons nous devenir, pour rester une femme désirable ? Quant aux représentations masculines, quid de ce désintérêt pour les marques de virilité (de type brutalité et force) qui sont les plus gros marqueurs d’érotisations des hommes ? Des marqueurs destructeurs desquels, heureusement, une bonne partie de la population cherche à se détacher. Et que fait-on de la non-représentation des personnes qui ne se reconnaissent dans aucun de ces genres ?

Comment érotiser son corps, les corps, dans la séduction au quotidien, ou dans les supports visuels que nous consommons, si l’on sort des représentations binaires et construites au travers d’un prisme que l’on trouve inintéressant, parfois violent, excluant, et dépassé ?

Chacun, chacune, trouve sa propre réponse. Mais plusieurs artistes et vidéastes se sont penché·e·s sur l’idée de proposer des contenus érotiques et pornographiques avec de nouveaux regards. (Et, au passage, travaillent dans une collaboration respectueuse avec les travailleur·euse·s du sexe). Parmi ces artistes, vous retrouverez l’inégalable Ovidie. D’abord actrice X, puis réalisatrice (toujours sur le terrain de la sexualité), elle a tourné des documentaires, films éducatifs, et récemment une série Canal+ « des gens bien ordinaires » qui intervertit les codes de genre lors du tournage d’un film porno.

Pour la curiosité de découvrir du contenu plus axé erotique/porn, vous pourrez retrouver, en vrac quelques références carrément non-exhaustives :

Le travail de la réalisatrice Erika Lust
Le site des incroyables 4chambers (3)
CrashPad (4)
Studio Heavenly spire (chez Pinklabel.tv)
Et sur une note très queer-art, l’inégalable site de Pornceptual (5)

Amusez vous bien.
Love.
Fight.


  1. Male gaze : Le male gaze a été théorisé en 1975 par Laura Mulvey, une réalisatrice britannique et militante féministe. Il désigne la manière dont le regard masculin s’approprie le corps féminin. Par extension, il devient la définition du prisme de nos regard dominants.
  2. reproduire autant que possible les injonctions correspondant au genre dit «féminin»

  3. https://afourchamberedheart.com/performers
  4. https://crashpadseries.com/queer-porn/
  5. https://pornceptual.com/category/erotic-art/

180 jours, l’épreuve de la lucidité

Par Charlotte Heyner

Cette saison, l’équipe de rédaction de Motus s’est étoffée. Au fil des jours, nous vous proposons donc de plonger dans les réflexions de cette génération qui navigue dans un monde bouleversé, et qui a fait du questionnement son mot d’ordre. Ces chroniques sont des points de vue sur le monde, elles reflètent donc la subjectivité de leurs auteurs et autrices. Elles se veulent intimes, pour regarder les grandes questions par le petit trou de la serrure. Sans compromis, elles vous entraînent dans les pensées de la jeunesse d’aujourd’hui, celle qui repeint l’époque à son image.

Aujourd’hui, Charlotte Heyner poursuit ses explorations littéraires avec un roman lucide comme nous en avons besoin, 180 jours.

Il y a quelques mois, j’ai suivi un atelier d’écriture mené par Isabelle Sorente et je me souviens que le premier exercice m’avait prise de court : il fallait raconter la mort d’un animal. C’était la seule consigne, pour le reste, nous étions libres de choisir l’animal, le point de vue, le contexte. Lors de la lecture de nos textes, il y a eu une immense majorité de chats, une truite. J’avais choisi une abeille. Personne n’a pensé aux cochons, aux vaches, aux poules, aux animaux qui meurent tous les jours pour nourrir les humains. Pourtant, les chiffres de ces morts-là sont terrifiants.

Selon L214, en France, ce sont 23 millions de cochons qui ont été tués en 2020 et près de 3,2 millions d’animaux en moyenne —toutes espèces confondues — ont été abattus chaque jour pour l’alimentation humaine. Parce que ces chiffres sont aussi immenses, il me semble que le minimum est d’être conscient de leurs conditions de vie et de mort.

Si Isabelle Sorente nous a donné cet exercice, c’est peut-être parce qu’elle s’est penchée sur le sujet dans 180 jours.

180 jours, ça représente un peu moins de la moitié d’une année. Six mois qui séparent la naissance d’un porc et sa mort dans un abattoir, six mois de process pour aboutir au produit fini de 110 kilogrammes, six mois d’engraissement avant « l’embarquement ». C’est ainsi que Jean Legai dit l’Espagnol, propriétaire de l’élevage d’Ombres, présente le complexe au narrateur. Ce dernier, nommé Martin Enders, est un professeur de philosophie qui va enquêter en immersion dans un élevage porcin industriel pour préparer un séminaire sur l’animal.

Ce roman-là pourrait se rapprocher de l’essai dans la manière qu’il a de présenter le fonctionnement de l’abattoir, de l’insémination des truies à l’engraissement à la mort des animaux, d’un coup de MATADOR, un pistolet à tige perforante pointé juste entre les deux yeux.

Il reste un roman pourtant, et la présence permanente de ce narrateur, ses émotions, ses réactions devant ce qu’il voit ne le rend que plus captivant. C’est à travers lui qu’on pénètre dans le complexe industriel, situé à l’écart de la ville, identifiable d’abord par l’odeur douceâtre et chimique qu’il dégage ; à travers lui qu’on entend les cris des cochons qui couvrent la musique pop diffusée dans les hauts parleurs pour « améliorer la qualité de vie des employés » ; à travers lui toujours, qu’on rencontre les employés, eux qui surveillent les naissances, attribuent aux animaux des numéros, nettoient, nourrissent, et tuent.

Je n’ai pas envie d’en dire beaucoup plus sur les histoires qui s’entremêlent autour de ce lieu, de peur d’en dire trop. Sur un sujet aussi intense, on aurait pu craindre une représentation caricaturale mais l’autrice parvient à raconter avec une grande finesse à la fois les animaux et les humains, leurs souffrances et les relations qui se tissent malgré tout. Sa manière de raconter les animaux est particulièrement saisissante parce qu’en les décrivant, elle leur accorde une attention aussi minutieuse qu’aux personnages humains, racontant les regards, les expressions, au point qu’une des images qui reste à la fin du livre est sans doute les yeux soulignés de noir de la truie Marina.

Ce n’est pas une lecture facile, mais c’est assurément un roman bouleversant. Pas seulement parce que l’univers dans lequel il nous plonge est en lui-même glaçant, mais parce qu’il montre ce que cet univers fait à la fois aux animaux qui y naissent pour mourir et aux humains qui y travaillent.

Parfois je m’inquiète que la littérature soit bien vaine face au monde, qu’au fond, elle reste impuissante. Mais il faut bien lui reconnaître cette puissance : celle de nous donner à voir, même ce qu’on aurait préféré ignorer, de nous forcer à une lucidité inconfortable mais nécessaire.

« Il paraît que les gens qui se posent trop de questions sont moins heureux que les autres, a dit l’Espagnol. Et vous croyez qu’on est heureux en faisant semblant de ne pas s’en poser ? J’ai jamais dit que j’avais la recette, a soupiré Legai. »

Livre cité :

Isabelle Sorente, 180 jours, JC Lattès, 2013. [en poche dans la collection Folio, éditions Gallimard]

Sources : 

Qu’est-ce qui fait une bonne oeuvre d’art ?

Photo de Zaksheuskaya sur Pexels.com

Alors que Cher Connard, le dernier roman de Virginie Despentes a explosé les scores de ventes à la rentrée littéraire, on sait déjà qu’il ne gagnera pas le prix suprême en littérature, le Goncourt. Mais alors pourquoi un tel décalage entre ce que les gens consomment comme culture, et le couronnement des oeuvres ? Y’a-t-il une qualité objective dans l’art ou tout est-il toujours question de goût ? Qu’est-ce qui fait une bonne oeuvre d’art ?

C’est la question que se posent Charlotte et Marius dans ce nouvel épisode d’avocats du diable sur notre podcast d’actualité, Vacarme des Jours. C’est disponible sur toutes les plateformes d’écoute!

Dans la forêt, la nature par le prisme du roman

 Par Charlotte Heyner

Cette saison, l’équipe de rédaction de Motus s’est étoffée. Au fil des jours, nous vous proposons donc de plonger dans les réflexions de cette génération qui navigue dans un monde bouleversé, et qui a fait du questionnement son mot d’ordre. Ces chroniques sont des points de vue sur le monde, elles reflètent donc la subjectivité de leurs auteurs et autrices. Elles se veulent intimes, pour regarder les grandes questions par le petit trou de la serrure. Sans compromis, elles vous entraînent dans les pensées de la jeunesse d’aujourd’hui, celle qui repeint l’époque à son image.

La chronique du jour entremêle écologie et littérature, en nous racontant le rôle immense que peut jouer le roman pour les combats environnementaux.

Photo de Francesco Ungaro sur Pexels.com

Une des choses que je préfère dans la vie, c’est qu’on me raconte des histoires.

Quand j’ai commencé à m’intéresser à l’écologie, je suis tombée sur des listes de livres, parfaits pour débuter, accessibles et pédagogiques, qui reprennent les bases, expliquent le vocabulaire… et tout ça est très important. Mais dans le fond, moi j’aime qu’on me raconte des histoires et je pense que le roman peut faire réfléchir et prendre conscience de ce qui nous entoure, au moins autant que l’essai.

Je ne dis pas qu’il ne faudrait lire que des romans. Il est important de se documenter, de lire les résultats d’enquêtes sérieuses, étayées et chiffrées mais le roman est plus séducteur… Il a pour lui ce pouvoir qu’ont les récits de vous prendre par la main et de vous entraîner à leur suite. En promettant de nous divertir, ils nous greffent parfois un autre regard, une autre manière de voir le monde. En tant que personne qui ne sait absolument pas débattre et convaincre, je pense aussi que les romans sont de bons moyens de sensibiliser les esprits réfractaires. Ils ne transformeront pas du jour au lendemain le plus climato-sceptique en militant écologiste mais qui sait, ils pourraient commencer à insinuer les graines d’une réflexion plus verte…

Dans la forêt de Jean Hegland, écrit en 1996, est un de ces romans qui imaginent l’après. Celui de quand la vie telle que nous la connaissons se sera effondrée, qu’il n’y aura plus d’électricité, plus de moyens de communication, plus de nourriture dans les magasins. Le roman ne s’attarde pas sur les causes de l’effondrement, ni vraiment sur son déroulement. La narratrice évoque une guerre à l’autre bout du monde, des attentats, des catastrophes naturelles mais tout cela reste lointain depuis la maison qu’habitent Nell, la narratrice et sa sœur Eva, dans la forêt nord-américaine.

Pour autant, le récit à la première personne rend très frappant le basculement entre une vie ordinaire et une vie à réinventer, une vie d’abord caractérisée par la négative (pas d’électricité, pas de contact avec les autres, pas de poste de musique, pas de frigidaire). Pour Nell et Eva, les souvenirs des soirées passées en ville avec leurs amis, les rêves d’avenir se fracassent contre les nouvelles nécessités : oubliés Harvard et les cours de ballet, il faut maintenant apprendre à survivre en autarcie.

J’ai tendance à penser que pour avoir l’énergie de protéger quelque chose, il faut d’abord le comprendre, ou a minima l’apprécier. Ce roman met en lumière la forêt, sa richesse, sa beauté, sans pour autant en faire un espace complètement familier. Elle reste imprévisible, énigmatique. La narratrice ne sous-entend jamais qu’elle pourrait devenir un environnement entièrement domestiqué. Elle apprend à l’apprécier sans chercher à la contrôler. Je me suis demandé si le titre sous-entendait l’évolution des personnages par rapport à ce milieu : est-ce qu’il ne s’agirait pas d’apprendre à vivre avec la forêt plutôt que simplement dans la forêt ? et finalement, je dirais que non. « Avec la forêt » supposerait une sorte d’égalité entre humains et nature, une réciprocité et ce n’est pas le cas à la fin. La forêt les abrite mais les dépasse. Elle les dépassera toujours, aussi bien sur le plan de la taille, sur l’échelle du temps et sur celle de la puissance.

La simplicité du ton met en valeur la nature au fil des saisons. Pas de descriptions interminables, juste des notations, comme des éclats de lumière qui tombent ici ou là et font ressentir la forêt, le bruissement des feuilles, l’odeur de la mousse.

C’est pour ça que le roman est si important, celui-ci et les autres. Parce que là où l’essai va expliquer, le roman fait vivre. Il me semble que l’écologie n’est pas seulement un ensemble de gestes du quotidien, c’est aussi considérer le monde d’une certaine manière. Et je retrouve ce respect du vivant dans la dimension contemplative qui caractérise parfois la littérature. Dans le roman d’Hegland, la narratrice passe le temps en lisant une encyclopédie, trouvée dans la bibliothèque familiale :

      Aujourd’hui, je suis arrivée à FORÊT, communauté écologique étendue et complexe dominée par les arbres et capable d’assurer sa perpétuation. Mais avant de pouvoir mémoriser les cinq grands types de forêt, avec leur densité d’arbres typiques, leur climat et leur sol, j’ai été interrompue par un autre souvenir, et j’ai levé les yeux de la page pour regarder la forêt par la fenêtre. (p.69)

Je crois que ce roman, comme l’encyclopédie que lit Nell, encourage à lever les yeux pour admirer la forêt.

J’ai choisi ce livre parce qu’il m’a tellement captivée qu’en le lisant dans le métro, j’ai raté mon arrêt. Ce n’est peut-être pas le meilleur exemple et il y a plein d’autres romans, d’autres histoires qui méritent d’être mises en lumière. Une prochaine fois… 

Référence du roman :

Jean Hegland, Dans la forêt, trad. Josette Chicheportiche, en poche dans la collection Totem, éditions Gallmeister, 2018 [publié dans sa version originale sous le titre Into the forest, 1996]

Les petits poucets

Les billets d’humeur de Motus sont de retour.

Par Charlotte Giorgi

Photo de Todoran Bogdan sur Pexels.com

            J’ai le syndrome de la page blanche.

            Je n’ai pas écrit pendant deux mois.

            J’ai l’impression de devoir dire des choses grandioses, interpeller, alpaguer. Être intéressante ou passer inaperçue. Passer inaperçue est probablement la chose qui me terrifie le plus au monde. Peut-être que ça fait de moi quelqu’un de terriblement orgueilleux, ou que je suis simplement obsédée par la mort et le fait de laisser des traces comme un petit poucet immortel grâce à ses miettes de pain.

            Je vous jure, j’essaye de démêler l’amas dans ma tête, de définir de quel évènement j’ai envie de parler, parce que si parler pour ne rien dire est insupportable, il n’y a rien de pire que quelqu’un qui fait de l’écriture un but en soi, qui écrit pour écrire. Alors je réfléchis à ces billets d’humeur, à ce à quoi ils devraient ressembler, ou ne pas ressembler du tout.

            Je ne veux pas écrire pour le style. Certains écrivent pour ne pas être compris, pour se distinguer de la masse qui ne comprend rien. Je les déteste.

            Je ne veux pas écrire pour informer. L’information est une balle perdue : si on ne détermine pas où elle va, pourquoi elle fait l’objet d’une transmission, et dans quelle mise en récit elle est enrobée, je crois qu’elle est presque plus inutile qu’une fake news. Elle rebondit sur les murs de nos quotidiens sans les pénétrer.

            Je ne veux pas parler pour les gens. Je veux que les gens parlent. Dans les billets. Qu’ils se racontent, qu’ils se livrent, je veux savoir ce qui les touchent et avec quelle peinture ils peindront sur notre siècle.

            Un billet d’humeur, c’est avoir tort. Pour certains. Et être la juste voix pour d’autres. C’est ne prétendre à rien et donner sans concession. C’est être soi-même et décider qu’il faut en faire quelque chose. C’est avoir un avis sans se taire. C’est penser à voix haute. C’est agréger ce qu’on en dit à ce qu’en disent les autres, pour qu’ensemble on puisse porter le sujet en dehors de la poussière, en débattre, s’acharner, s’étriper, se pardonner, avancer. C’est éclairer un fait brut, le regarder dans plusieurs miroirs déformants, comme une fête foraine, pour en extraire toute la substance, toutes les perspectives, le faire passer aux aveux, le métamorphoser en révolte ou en joie.  

            Je suis profondément persuadée que nos points de vue sur le monde sont légitimes, qu’ils valent le coup, qu’il y a besoin de scientifiques, de sociologues, de grosses têtes et de cerveaux vifs, mais que nous en sommes complémentaires. Je suis sûre qu’une idée bredouillante ici peut, si elle trouve l’espace de se déployer, faire écho à une autre là-bas, et en entraînant une boule de neige, ouvrir une agora.

            Je suis aussi convaincue que les mots ont un pouvoir d’action. Nous ne pouvons pas changer la société avant de l’avoir trouvée, d’avoir mis le doigt dessus, compris et exprimé ce que nous désirons, l’élan que nous avons, et donné envie à d’autres d’y plonger leur nez. Parler de la société pour mieux la transformer, au travers de points de vue sur le monde, voilà ce que nous voulons faire et quelle démarche nous ne réussirons pas à construire sans vous, sans vos avis, vos cultures, sans nous entrechoquer, être humbles, questionner sans cesse.

            Chaque semaine sur Motus, vous pourrez lire la génération qui subit et transforme son époque. Nous vous raconterons sans tabou et sans compromis, ce qui nous traverse et comment nous frémissons. Nous ne le faisons pas parce que nous pensons que c’est intéressant, ou stylé, ou un bon passe-temps. Nous le faisons parce que nous pensons que c’est nécessaire, dans une société où nos voix sont si souvent caricaturées, et où le monde, pourtant, continue de courir à sa perte. Dans le grand bazar des choses, il existe une génération qui a tous ses défauts, mais qui sera aussi au premier rang des nouveaux horizons. C’est ce que nous voulons raconter, intimement, authentiquement, et avec beaucoup d’espoir.